Entretien avec Pierre Canaguier

Description

Pierre Canaguier était habitant et formateur en photographie au Centre AudioVisuel de 1975 jusqu’aux années 90.

Date : 6 juin 2017
Lieu : Studio Guy Diard à la Maison des Habitants le Patio à Grenoble
Entretien : Gilles Bastin
Enregistrement, montage, transcription : Logan Charlot

Transcription de l’entretien

Comment est-ce que vous êtes arrivé sur le quartier de la Villeneuve ? Comment découvrez-vous ce quartier ?

J’ai découvert le quartier en construction en 71-72. À l’époque j’étais étudiant aux Beaux-Arts de Grenoble, je faisais beaucoup de photographie et j’étais venu pour photographier l’évènement de la construction du quartier de Villeneuve sur les lieux des Jeux Olympiques. C’était un ensemble qui était assez attirant pour qu’un étudiant puisse aller faire des photos là-bas. Moi je n’habitais pas le quartier à l’époque, il n’était pas construit, j’habitais à Seyssinet. Comment je suis venu à Villeneuve ensuite ? Et ben j’avais un ami qui était musicien et qui avait travaillé comme vacataire fin 74 pour Daniel Populus à Vidéogazette qui m’en parlait et il me disait : “j’ai trop de boulot, j’ai pas le temps, je peux pas continuer à faire cette vacation”, il y avait peut-être une vingtaine d’heures par semaine, “donc il faut que ce soit toi qui me remplace”. Et donc j’étais venu fin 74 travailler avec lui dans ces studios-là, mais sans que Daniel Populus soit au courant qu’il y avait quelqu’un d’autre qui était en train de prendre la place. C’était un petit peu le côté improvisé de l’époque. Et donc j’ai commencé à me former avec le matériel analogique de l’époque surtout en son, parce que j’avais aucune formation en son et dès que j’étais à peu près au point, il est allé dire à Daniel Populus : “écoute à partir de janvier, c’est plus moi c’est Pierre qui fera ça”. Daniel Populus : “ah pas de problème”. Et donc j’ai démarré comme ça à partir de janvier 75, jusqu’à juin 75, j’ai eu 5 ou 6 mois de vacations, j’ai travaillé auprès de Marie-France Motte. Donc je travaillais dans les locaux de Vidéogazette avec le matériel photo et le matériel son et j’avais pour mission de monter des programmes, enfin des montages audiovisuels diapo son qui étaient utilisés à des buts d’alphabétisation, avec Marie-France Motte, pour des femmes étrangères qui s’installaient dans le quartier. Voilà. Donc ça c’étaient mes premiers pas dans Vidéogazette.

Quelle était votre perception de cette expérience, à la fois la Villeneuve puis Vidéogazette quand vous arrivez là ?

Alors une impression d’effervescence, de ruche, dire qu’on se rendait compte qu’il y avait tout le temps du monde qui travaillait tout le jour, la nuit, enfin la nuit, au moins tard le soir, il y avait beaucoup de monde qui se croisait. Il y avait un brassage de compétences aussi, moi je me rends compte qu’avec le recul, à l’époque j’avais l’impression de savoir beaucoup de choses en photo, maintenant je me rends compte qu’à l’époque je ne savais pas grand-chose. Mais je pense qu’à l’époque on s’intéressait aussi à la façon de faire, d’être, de s’intéresser à certaines techniques, à certains médias et que finalement j’étais assez bien à ma place, parce que si techniquement je ne savais pas grand-chose, j’arrivais à faire des choses avec les femmes qui se formaient avec les collègues de Vidéogazette et il y avait un brassage qui faisait qu’on faisait des choses innovantes, nouvelles, ça bougeait tout le temps, c’était toujours nouveau. Par contre il n’y avait pas vraiment d’organisation, ça allait, ça venait, on développait, les photos dans l’atelier qui était pas tellement organisé. Il y avait plein de monde qui y venait, c’était pas en très bon état, mais ça fonctionnait, ça tournait, il y avait une grosse production qui sortait de là, c’était enthousiasmant hein, c’était quelque chose, une effervescence créative. Donc c’est ça que je retiens, une époque, peut-être les dernières grandes envolées avant la normalisation, après il a fallu normaliser, il a fallu faire des lieux où on respecte certaines normes, à l’époque tout le monde venait, entrait, collaborait. C’était très libre, voilà, très libre. Et ce côté-là c’est quelque chose qui, on se dit maintenant ce n’est plus possible aujourd’hui, ce n’est plus quelque chose qu’on pourrait imaginer à cette échelle-là. Alors, enfin ce que je raconte, c’est sans doute beaucoup plus dans ce que je faisais en photographie à l’époque qu’avec la vidéo même, où là il y avait un programme, il y avait des heures de projection, faut peut-être pas généraliser ce que je dis à la photo, le transposer. La vidéo je l’ai pas tellement vue marcher, je travaillais à l’atelier qui était un peu en dehors, à l’atelier photo et sur le matériel de mixage son qui était ici, donc voilà.

Et du coup vous aviez des relations avec l’équipe Vidéogazette, avec Populus par exemple, avec les autres ?

Oui j’avais des relations mais on ne se voyait pas souvent, ce n’était pas mon chef. En fait j’étais très autonome, je reportais les choses à Marie-France Motte, après je croisais Daniel Populus, on échangeait quelques mots, mais c’est pas lui qui me donnait la direction c’était moi qui la… Voilà je disais à Marie-France : “voilà on pourrait faire un montage audiovisuel comme ça”, “ah oui tiens”, on en parlait et puis hop c’était parti quoi. Daniel Populus, Guy Diard oui c’est des gens que je croisais oui, mais voilà j’étais pas vraiment dans l’équipe à l’époque, voilà.

Cette équipe avait un projet très politique quand voit les images de l’époque. Comment est-ce que vous ressentiez ça ?

Alors ça je ne pourrais rien dire là-dessus parce que d’une part j’étais très jeune, j’avais 18 ou 20 ans et et à l’époque 18 ou 20 ans on ne pouvait pas être mûr. J’avais l’impression d’être vraiment encore étudiant. Et d’autre part j’étais vacataire donc j’étais embauché par l’AEPASC, j’étais pas dans l’équipe Vidéogazette, donc le projet culturel ou politique de Vidéogazette, je ne le connaissais pas. C’est un lieu où je venais où il y avait du travail, voilà. Donc ça je ne pourrais pas en dire, je me rends pas compte, c’est après que je me suis rendu compte de la dimension politique que ça pouvait avoir, mais à l’époque c’était une ruche et j’étais une des abeilles voilà, c’est tout ce que je ressens. Ce que je ressentais.

Qu’est-ce que vous en pensez quand vous le regardez avec le recul ?

Bah je me dis j’ai loupé quelque chose parce que j’ai pas saisi à l’époque la dimension que ça avait eu. Je crois que c’est quelques années après la disparition de Vidéogazette où là je travaillais au Centre AudioVisuel dans les murs et les locaux, une partie de l’équipe, que je me suis rendu compte que ce que ça avait été. Mais sans vraiment pouvoir le préciser, je suis pas assez…

Après juin 1975 vous avez quitté le quartier ?

En 75 je suis venu habiter le quartier. J’ai dû arriver en 76. Alors à l’été 75 la mission avec Marie-France Motte pour moi s’est arrêtée, c’étaient les vacances donc ma vacation était terminée, et à la rentrée je pensais pouvoir reprendre quelque chose qui ne s’est pas fait, du coup je suis allé à la Fnac qui venait d’ouvrir à Grand’Place à côté, j’ai demandé s’ils cherchaient un vendeur photo, on m’a dit oui, j’ai commencé le lendemain. Ça aussi c’est l’époque, la recherche d’emploi c’était autre chose que maintenant. Et donc j’ai été vendeur photo cinéma à la Fnac à l’ouverture en 75 à Grand’Place pendant un peu plus d’un an. Et puis un jour, ça devait être en mars 76, Jean Miguet que je connaissais bien par Vidéogazette passe à la Fnac et me dit : “on cherche quelqu’un pour animer l’atelier photo, on voudrait relancer l’activité au Centre AudioVisuel, est-ce que tu connaitrais quelqu’un ?” Et donc je lui dis : “bah moi ça m’intéresse beaucoup”. Il me dit : “j’ai même pas pensé à toi, mais oui bien-sûr”. Et quelques jours après je travaillais donc ici au Centre AudioVisuel comme responsable de l’atelier photo. Voilà un petit peu le le trajet.

Et vous y êtes resté ?

J’y suis resté jusqu’à fin 89, jusqu’à l’été 89. En 89 je suis parti reprendre des études, voilà j’ai fait une reprise d’études. En 88 j’avais lancé un ensemble d’expositions, de stages que j’avais intitulé “Pour une maison de la photographie” à l’époque. Et puis j’étais un très mauvais communiquant, enfin on a on a lancé des actions comme ça, et bon je ne suis pas arrivé à faire prendre la mayonnaise pour qu’il y ait une vraie maison de la photographie à l’époque. On peut dire que c’était sans doute un peu tôt aussi dans l’esprit des élus, de lancer une idée pareille. La maison de la photographie est arrivée plus tard, un peu partout en France mais pas dans les années 80. Voilà donc je me suis rendu compte que j’avais pas pas réussi mon projet, je me suis dit je vais reprendre des études de communication, donc je suis parti un an faire des études, j’ai démissionné à la fin de mes études. Donc j’ai quitté le Centre AudioVisuel en 90 je pense, oui ça doit être ça, 90. J’y suis resté 14 ans.

Quand vous revenez en 1976, vous êtes au moment où s’arrête cette expérience ?

C’est ça, quand je viens m’installer dans le quartier, c’est la fin à peu près de l’expérience de Vidéogazette. Du coup je ne l’ai pas vécue vraiment comme professionnel, parce que j’étais un peu à côté, parce que j’étais habitant, parce que j’étais vacataire, parce que j’étais jeune, j’avais aussi deux occupations, je faisais beaucoup de vélo, je faisais beaucoup de sport, bon voilà. Et je l’ai pas eu non plus en tant qu’habitant, parce que quand je suis venu habiter ici, c’était la fin, ouais. Donc c’est pour ça que j’ai un peu du mal à en parler, parce que quand même un souvenir assez ancien et que je n’étais pas suffisamment impliqué là-dedans, voilà.

Quand vous arrivez au Centre AudioVisuel on parle de cette expérience ?

Oui on parle d’expérience et en même temps on tourne la page, c’est-à-dire on passe d’une politique de production collective à une politique de formation qui est quand même bien différente, avec une équipe restreinte avec besoin de gérer un budget, donc le Centre AudioVisuel réutilise les locaux, réutilise l’expérience, mais à des fins pédagogiques. Mais là bon moi je suis dans mon élément c’est-à-dire que faire passer une expérience, la transmettre c’est quelque chose qui m’a très vite intéressé. À 16 ans j’avais créé un atelier photo associatif dans un quartier et j’aimais transmettre mon savoir et donc quand je suis revenu ici en tant que formateur, bon là j’étais vraiment dans mon élément. J’ai eu une bonne expérience, enfin je l’ai vécue comme une très bonne expérience de transmission.

Vous avez de la formation photo ou vous avez fait de la vidéo ?

Pas du tout je n’ai jamais fait de la vidéo de ma vie, c’est quelque chose, ouais non je connais pas [rires].

Est-ce que vous le sentiment que cette présence du Centre AudioVisuel, de l’image dans le quartier a joué un rôle important ? Je pense aux écoles.

Oui, sûrement. Je pense que pour les écoliers qui ont vécu les années audiovisuelles, enfin les années Vidéogazette, les années Centre AudioVisuel, ces écoliers-là ont eu une vraie initiation à la lecture de l’image. Je pense qu’il y a peu d’écoliers qui peuvent avoir bénéficiés d’une telle ressource. On apprenait à lire des images, on apprenait à les décoder, savoir d’où elles venaient, comment elles étaient construites. Moi-même au Centre AudioVisuel j’avais des cours pour les tout petits où je faisais de la lecture d’images, c’est-à-dire qu’on apprenait la différence qu’il y avait entre une image et et le réel, apprendre à décoder ce qui était un référent, comment qu’une image était lisse alors que le réel est en trois dimensions, qu’une image peut être froide alors que le réel peut être chaud, que l’image d’un camembert ne sent pas le camembert etc. Enfin tout ce qui permet de savoir que c’est une image, c’est un statut différent du réel. J’ai eu la possibilité de l’enseigner à des tout petits, des des moyennes sections, des 4 ans, avec des réactions qui étaient bouleversantes, enfin on sentait à quel point pour eux c’était très facile à comprendre, alors que quand on enseigne à des adultes c’est plus difficile, c’est-à-dire qu’on a tendance dans nos cultures à assimiler l’image à son référent, de dire c’est la même chose. On voit une image d’un bâtiment, c’est le bâtiment voilà, alors que bon ce n’est qu’une image. Donc ça c’était enthousiasmant, la liberté aussi avec laquelle on a pu monter des stages pour aller dans ces domaines-là. Alors ce que j’ai beaucoup apprécié aussi c’est que non seulement on faisait de la lecture d’image, mais on faisait aussi, je faisais des cours d’histoire de la photographie et puis à côté de ça je faisais des cours de sensitométrie, de photométrie et on pouvait aborder un spectre très large de la photographie, ce qu’on ne trouvait pas bien sûr dans les clubs photo où on était plus centré sur une technique et comment dire, une pratique de la belle photographie, alors que chez nous on était plutôt dans une pratique de l’expression et d’une culture d’image, voilà.

Vous aviez le sentiment que cette activité du Centre AudioVisuel réussissait à toucher le public des habitants de la Villeneuve ? Il y avait les enfants des écoles d’un côté…

Alors les enfants des écoles c’étaient essentiellement les professeurs des écoles, donc c’étaient des écoles et du collège, Michel Col entre entre autres. Michel Col donnait les cours à tous ceux qui étaient au collège, et puis il y avait des professeurs des écoles, des instituteurs qui venaient se former quelques heures auprès de moi pour savoir comment on gérait l’atelier et qui emmenait les classes. Donc il y avait quand même un grand public touché, et puis moi je faisais les ouvertures le soir pour les habitants, alors je faisais quelques cours pour les tous petits et puis les ouvertures libres du soir, plus les stages le weekend, voilà. Et je me rends compte que ça a touché énormément de gens, je faisais le compte, quand j’ai quitté le Centre AudioVisuel je m’en rappelle j’avais compté que j’avais eu environ 1500 stagiaires en photographie et certains soirs j’avais plus de 50 personnes qui venaient à l’atelier. Bon l’atelier était grand bien-sûr, c’était un atelier qui faisait à peu près 150 m² et on avait 12 agrandisseurs, avec les bacs en commun, on avait un banc de reproduction, on avait un banc de photogravure, on avait la chaine développement diapos, une chaine développement négatifs, on pouvait recevoir du monde. Mais on arrivait à avoir plus de 50 personnes dans une soirée de 5-6 heures. Donc ça faisait du monde. Alors combien de personnes sont venues à l’atelier de photographie du Centre AudioVisuel, ça j’ai jamais pu le quantifier, c’est dommage.

La vidéo attirait autant les habitants ?

Alors je préfèrerais que ce soient des gens de la vidéo qui répondent parce que dans la mesure où on n’était pas dans les mêmes murs, je vivais la vidéo que par les réunions d’équipe. Je n’ai pas beaucoup fréquenté la vidéo. Je sais qu’on avait pas tout à fait la même politique, on était beaucoup plus sur un apprentissage du langage vidéo dans les ateliers ici, en vidéo, alors que moi j’étais plus sur une expression photographique. On avait souvent des grandes discussions sur la façon de d’organiser son programme de stage notamment. Je sais qu’à l’époque l’équipe audiovisuelle voulait que je fasse des niveaux en photographie, débutants jusqu’à avertis, ce que j’ai toujours refusé, je disais : “mais non, on vient pour faire des images”, qu’on soit doué ou pas c’est pareil pour moi. Donc on n’avait pas tout à fait la même façon d’aborder. Après sur ce qui est de la fréquentation je ne saurais pas dire, je sais qu’il y avait beaucoup de monde aussi en vidéo, mais je ne pourrais pas dire… On n’avait pas un atelier comme le mien où il y avait une quinzaine de poste de travail, donc l’organisation d’un cours de vidéo, ou d’un stage de vidéo ne ressemble pas tout à fait à l’organisation d’un atelier de photographie. Donc là il vaudrait que ce soient Michel Jullien, Jean Miguet et Christian Bailly qui en parlent.

On nous a dit que les jeunes qui sont passés par Vidéogazette et le CAV ont ensuite fait carrière dans la communication, ce genre de domaines. C’est un sentiment que vous avez aussi ?

Oui tout à fait. J’ai encore pas mal de personnes qui sont venues se former ici au Centre à l’atelier photo du Centre AudioVisuel, qui ensuite ont fait une carrière en photographie, que j’ai accompagnées pour se présenter à l’école d’arts ou une école de photographie et qui ont fait une carrière par la suite. Et je rencontre régulièrement des gens qui me disent : “ah Pierre, oui, je venais à l’atelier”. C’est la semaine dernière encore quelqu’un que je n’avais pas vu depuis 30 ans. Donc c’est souvent que je rencontre des gens qui venaient à l’atelier, qui venaient faire les photos de famille ou une exposition. D’ailleurs c’est ça que je trouvais très intéressant dans cet atelier qui était ouvert à un public le plus large possible, c’est qu’on avait un grand bac avec deux chaines de produits, révélateur bain barré et puis fixateur, lavage, et tout autour une douzaine d’alvéoles avec chacun son agrandisseur et il y avait aussi bien des photographes qui étaient photographes, qui venaient pour développer, pour tirer des photos pour une exposition, et puis des parents qui venaient faire des photos de famille et qui étaient dans le même bac, qui échangeaient. C’était très intéressant de voir ce mixage, et ça je pense que c’est tout à fait à l’image de ce que voulais, Vidéogazette et le Centre AudioVisuel, à savoir ce mixage, ce brassage, de personnes avec des objectifs très différents, et peut-être que ça ressemble aussi au projet Villeneuve qui était aussi d’accueillir, d’intégrer, brasser, projet urbanistique. Et c’est vrai qu’on a vécu quelque chose de très fort avec les personnes d’origine ou de culture ou de pratiques différentes, aussi de pratiques différentes. Les amateurs avec les professionnels qui pratiquaient ensemble c’était très intéressant.

Comment perceviez-vous votre rôle dans tout ça ?

Il y avait d’une part un rôle d’organisation, c’est-à-dire que j’ai dû en enquiquiner un paquet quand même des gens, alors leur expliquer qu’il fallait absolument être très rigoureux sur la propreté sur ce qui est sec, ce qui est mouillé dans un atelier photo, on va pas avec les mains mouillées sur la zone sèche etc. Donc j’étais très pointilleux et je sais qu’il y avait des fois un peu, on s’accrochait un peu parce que j’étais un peu le gardien du bon fonctionnement de l’atelier. Donc ça c’était de l’organisation, régler les agrandisseurs, chaque jour je refaisais le parallélisme des agrandisseurs etc. Donc c’était un un boulot, oui d’organisation, et puis à côté de ça j’essayais de sensibiliser le plus de monde à la culture photographique, à savoir ce que c’est qu’une image photographique, donc faire de l’histoire de la photographie. J’avais fait constituer une petite bibliothèque pour que les gens qui viennent puissent aussi lire des ouvrages de grands photographes. On organisait des expositions, notamment avec l’artothèque de Grand’Place, Michel Dolman, voilà. Pour moi le bon équilibre c’était d’avoir un outil en parfait état et puis cette ouverture à l’expression photographique.

Est-ce que vous vous considériez comme militants ? C’est un terme qui revient.

Oui. Je ne pense pas que militant corresponde à mon tempérament, je suis quelqu’un de plutôt doux et réservé. Mais d’une certaine façon oui pourquoi pas, c’était une façon de ne pas de forcer, mais d’amener les gens vers cette ouverture à la photographie qui soit autre que celle qu’on peut voir dans certains journaux, la photographie c’est faire la photo la plus nette, les couleurs les plus éclatantes, le tirage le plus grand, le plus piqué enfin, j’étais à mille lieux de ça voilà.

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