Entretien avec Jérôme Oddoux

Description

Entretien avec Jérôme Oddoux.

Date : 16 novembre 2015
Lieu : Studio Guy Diard à la Maison des Habitants le Patio à Grenoble
Entretien : Gilles Bastin
Enregistrement, montage, transcription : Logan Charlot

Transcription Jérôme Oddoux

Comment êtes-vous arrivé dans le quartier de la Villeneuve ?

Moi je suis arrivé dans le quartier de la Villeneuve, donc je ne sais plus si c’est fin 72 ou début 73, parce que le truc numéro un c’est que j’étais l’ami d’Olivier Hollard et qu’on avait souvent depuis 1961 fait des choses ensemble et cohabiter, et là on avait décidé d’habiter là. Moi j’étais étudiant à l’école d’archi. L’école d’archi était encore dans le centre de Grenoble mais il allait se passer quelque chose ici et je crois que plein de jeunes, d’architectes, de sociologues, d’enseignants pensaient que c’était l’endroit où il fallait être à un moment donné. Donc ça s’est passé comme ça. Quand on est arrivé Olivier Hollard ne travaillait pas encore sur ce point-là, c’était juste habiter ensemble en fait.

Quel souvenir vous avez de ce quartier à l’époque ?

En grand chantier [rires]. De la boue partout. Un quartier qui a mis longtemps à se calmer au niveau environnement extérieur, les bâtiments étaient absolument magnifiques à l’usage et assez nouveau de l’extérieur, des appartements traversant, des choses comme ça, l’extérieur était était redoutable parce que le chantier ayant duré très longtemps, ils n’avaient pas à se mettre à jour. L’idée du quartier c’est un grand chantier très long mais c’est une espèce de proximité entre des gens qui ne se connaissaient pas, parce que ça a drainé beaucoup de monde, donc des gens qui ne se connaissaient pas mais qui du coup se saluaient comme on se salue dans les iles bretonnes, on était de ce quartier-là, il y avait des écoles qui étaient sous la galerie, quelques magasins, beaucoup d’activités, d’animations, des choses comme ça, les salles de spectacle dans le collège. Enfin il y avait plein de choses, ça brassait beaucoup mais c’est vrai, rapprochement avec une ile où tout le monde se dit bonjour c’était un peu ça.

Et comment vous avez eu connaissance de ce projet du Centre AudioVisuel : Vidéogazette ?

C’est arrivé très vite là parce que donc Olivier Hollard était quelqu’un qui trainait un peu dans le milieu du cinéma, sans en avoir vraiment jamais fait mais qui était intéressé par ça, qui connaissait plein de gens quand il était à Paris. Et très vite il y a un projet audiovisuel qui s’est monté, le nom n’était même pas trouvé, et il y a une équipe qui s’est montée et lui qui était très convainquant a réussi à convaincre, je ne sais même plus qui est à l’initiative du départ, Daniel Populus je dirais, mais on a parlé de Michel Leullier, mais à mon avis il est arrivé après. Et il y a une équipe qui s’est montée avec je dirais Daniel Populus, Olivier Hollard, Guy Diard et le Géo Trouvetou qui est arrivé un peu après, quelqu’un qui doit s’appeler Leclerc qui venait d’un milieu France Télécom et qui guidait les satellites des fusées Ariane je me rappelle qu’il racontait des choses là-dessus, et puis voilà, 3-4 personnes, rien quoi, et peu à peu il y a eu du matériel qui est acheté, le réseau était câblé, la Villeneuve était câblée, ça c’était l’idée de départ des architectes et de la ville de Grenoble. Donc une animation qui se faisait, pas mal avec les élèves aussi la population, enfin la population je n’aime pas ce mot-là, les habitants étaient mêlés au projet s’ils avaient envie, mais en tout cas dans l’école Vidéogazette était vraiment très présent pour faire du tournage avec eux, développer quelques envies chez certains, et du coup ça faisait les émissions qui étaient rediffusées à l’intérieur de l’endroit où elles avaient été créées et ça soudait, ça marchait très bien.

Quel rôle vous avez joué dans Vidéogazette ?

Je ne pense pas que j’ai joué un rôle à vrai dire, mais je les ai tous côtoyés à un moment. Je travaillais dans la Maison de l’enfance, notamment à La Rampe, donc c’était Jean Caune mon employeur, je ne sais pas pourquoi c’était Jean Caune mais lui était au collège 600, son bureau était au même étage que le Vidéogazette, donc je le voyais souvent, et puis après, contigüe à notre appartement au 110, il y avait celui de Daniel Populus, donc comme les portes restaient assez ouvertes, pas que les nôtres, les portes restaient assez ouvertes, il y avait des poignées extérieures d’ailleurs dans les appartements, bah ça circulait pas mal et c’est vrai qu’entre l’appartement de Populus et le nôtre ça circulait beaucoup. Donc je ne me rappelle plus votre question mais…

Est-ce que vous avez participé à Vidéogazette ?

Oui. Du coup j’ai participé à des discussions sans fin les soirées, parce que pendant les moments de tournage en général je n’étais pas là, pendant les moments de montage ça me faisait plaisir d’être par-là donc je trainais un peu mes guêtres là-dedans, en plus moi j’avais jamais vu ces grandes bandes, pour moi le montage cinéma on coupait, mais là il fallait pas couper [rires]. Donc ça m’intéressait, j’étais là mais je ne travaillais pas, j’étais juste spectateur en interne on va dire et puis spectateur ou actif dans les discussions sur les choix de sujet où on me demandait mon avis : qu’est-ce tu penses ? tu ferais ça ? tu ferais ça ? Après il y a eu dans les choix de sujets, c’était vraiment important ce qui se disait, il y avait ceux qui voulaient faire tourner une vie de quartier et puis ceux qui avaient envie de prendre un peu plus d’ampleur parce qu’ils avaient peut-être l’usage d’une caméra, l’usage d’une ville câblée et des envies d’aller un peu plus loin. Mais ça cohabitait assez bien, mais je me rappelle qu’l y avait des choix qui avaient été difficiles sur des tournages à l’extérieur. Peut-être un virage dans le Vidéogazette, pour moi ce virage s’il faut le définir, je le définirais avec ce qui s’est passé sur l’équipe qui est partie tourner pendant la grève des Lip. On parlait de ça à Besançon, on disait ça comme ça, et d’après ce que je me souviens ce n’était pas l’avis de gens qui voulaient faire un Vidéogazette local, en parlant de choses locales, qui pouvait rassembler des gens. C’était un évènement extérieur qui était presque plus de la télévision nationale, parce qu’à ce moment-là quand même il n’y avait pas de radio libre, il n’y avait rien du tout, tout était nouveau, à décortiquer, à créer, à monter, donc les avis étaient importants. Ça c’était des grandes discussions [rires] des soirs sur lesquelles j’étais présent, mais je ne peux pas dire que j’étais un acteur actif du Vidéogazette, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à les côtoyer, à voir l’énergie qu’ils avaient pour faire ce qu’ils faisaient avec pas de beaucoup de choses, des choses qui paressent maintenant désuètes, maintenant on a un tout petit truc comme ça on fait des images magnifiques. On parlait de Guy Diard tout à l’heure, lui était toujours avec un poste à souder, il soudait des trucs sur une caméra, personne s’amuserait de souder quelque chose pour arriver à marcher, enfin le réglage des têtes de lecture qui tournent à je ne sais pas quelle vitesse à la main, plus personne ne ferait jamais ça, et ça marchait.

Qu’est-ce qui pour vous a marché dans cette équipe-là ?

Parce qu’il y avait une envie extrêmement forte à tous les niveaux. Chacun portait un bout, qu’il soit politique, social, de développement personnel je veux dire en niveau cinéma, et tout ça faisait une équipe qui marchait. Je ne sais pas si les équipes de cinéma ou de télévision sont très différentes de ça, chacune amène des choses un peu différentes, mais qui créé des tensions, mais qui fait qu’en même temps ça fonctionne.

Est-ce que vous vous souvenez de la fin de Vidéogazette en 1976 quand tout s’arrête par manque de financement, parce qu’on n’a pas trouvé un public assez large ?

Moi je n’étais pas là, mais j’étais resté en contact avec Olivier Hollard et je crois qu’il y avait, je dirais, ça c’est moi qui le pense, que du côté de la recherche de financement ça s’était un peu tari. Ça s’était tari parce que c’était une belle expérience mais il a manqué quelque chose à un moment donné, je ne pourrais pas dire si c’est l’argent ou autre chose, mais peut-être plutôt un fil rouge conducteur qui aurait amené un développement un peu plus large que qu’ici, ça aurait pu essaimer sur d’autres… Il y a d’autres expériences comme ça en France de de villes câblées, de quartiers câblées, même à Saint-Martin d’Hères enfin des choses comme ça, peut-être qu’il y aurait eu cohésion à faire une espèce de Thalassa des unités d’habitation je ne sais pas mais c’est vrai qu’à un moment donné ça s’est essoufflé, et quand ça s’est essoufflé du coup les tensions sont apparues très fortes. Donc il y en a qui voulaient faire ça, d’autres qui voulaient faire ça, d’autres qui voulaient aller à Paris faire ça, et puis au bout d’un moment il commence à manquer 2-3 éléments et il n’y a plus rien qui marche.

Est-ce que vous considériez les personnes qui ont contribué à Vidéogazette comme des militants, des pionniers ?

Moi je les définirais mieux comme des pionniers parce qu’en 72, il n’y avait pas d’exemple, il n’y avait rien, donc c’était il faut y aller. Donc des militants je pense qu’ils étaient juste énergiques, certainement un peu militants, pas tous, d’autres voyaient là-dedans une espèce de tremplin pour faire d’autres choses après en disant : ça marche on va apprendre des choses. C’est pour ça que militant je ne sais pas trop, il y a beaucoup d’envies personnelles qui ont commencées à se dégager peu à peu : moi je devrai faire ça, moi je devrai faire ça. Mais en tout cas pionniers c’est sûr avec une énergie pas possible parce qu’au début il n’y avait aucune raison que ça fonctionne, ce vieux matériel enfin qui était peut-être neuf à ce moment-là, mais ce matériel un peu désuet avec des gens qui n’étaient pas vraiment pros, mais ça marchait. Mais je peux comprendre que ça s’essouffle sans nouvelles idées, sans nouvelles propositions, et peut-être que les propositions elles auraient pu être plus politique à un moment donné, c’était Dubedout qui était maire. Dubedout il était quand même important dans le fait que la mairie, pardon, que l’Arlequin soit créé, mais il n’était pas très présent dans le fonctionnement de ce quartier, il y avait des gens de la mairie qui s’occupaient d’ici, comme ça a mis très longtemps à se construire il y avait des équipes d’archis qui étaient présentes localement ici même si c’est des parisiens, il y avait des discussions sur les projets, c’est assez drôle, pendant que ça se construisait quoi. Il y avait tout à la fois, et ça c’était très faiseur d’énergie. En 76 je n’étais pas là, mais je sais qu’Olivier, je dirais comme ça, qu’il a claqué la porte, il est pas parti en disant : je ne peux plus rien faire avec vous quoi, je me casse. Il serait plutôt comme ça lui.

Et il était parti à Nantes ?

Il est parti vers La Rochelle parce qu’il a changé un peu d’option, il s’est occupé de groupes de musique, ça a commencé avec Touré Kunda, des gens comme ça. Et il s’est installé à La Rochelle, il habitait à Saintes et il travaillait à La Rochelle et il faisait passer des groupes de musique, donc ça a commencé avec Touré Kunda et puis après je ne sais plus comment ça s’est passé.

Dans une banlieue, est-ce qu’il y avait à l’époque, dans les discussions avec les membres de l’équipe, l’idée de faire un média différent de la télévision existante ou du Dauphiné Libéré par exemple ?

Oui cette idée-là était présente parce que je ne me rappelle pas en 72 ce qu’il y avait comme télé, il n’y avait rien en télé nationale, il n’y avait rien du tout. C’est étonnant mais en 72, en habitant dans ce quartier j’ai assisté aux premières bagarres de bandes rivales, en habitant du centre-ville je n’avais jamais vu ça, ni dans aucun endroit où j’avais habité, donc oui le phénomène de banlieue il est arrivé rapidement, je veux dire des gens qui venaient d’ailleurs qui ne se supportaient pas les uns les autres, ça rendait le quartier bruyant, mais ça ne le rendait pas dangereux, parce qu’on pouvait passer la nuit dans la coursive il ne se passait rien. S’il y avait une bagarre c’était dehors, c’était des gens qui se connaissaient qui, je ne sais pas pourquoi, intervenaient. On ne peut pas dire que le quartier était dangereux, malfamé comme on dirait maintenant, c’est la banlieue faut pas y aller, faut pas se garer enfin je ne sais quoi. Non non il n’y avait aucun souci, en fait ces ces histoires-là sont venues peu à peu en même temps qu’est venu le petit commissariat d’ailleurs, je ne veux pas dire dans quel ordre c’est venu, non mais j’exagère là en disant ça. Mais au début c’était un quartier vraiment de gens qui avaient envie d’habiter ensemble et je pense que dans l’idée de certains, parce que la mixité elle était vraiment dans les écoles en fait, les adultes ils se débrouillaient mais la mixité elle était dans les écoles, crèches, écoles maternelles et écoles primaires ou même le collège et je pense que là le Vidéogazette avait un rôle à jouer et ils avaient envie de jouer ce rôle-là en disant : tout le monde peut tenir la caméra, tout le monde peut faire des choses, tout le monde peut aller le faire le montage avec nous après le soir, et il y a peut-être même certains gamins qui se sont découverts une envie de faire des choses comme ça, peut-être qu’ils vont voir ce que vous faites et vont dire : ouais moi j’y étais [rires]. Mais oui ça c’était très fort, de ne pas exclure du tout les enfants, c’étaient les enfants quand même plus que les adultes. Évidemment il y avait toujours des parents qui pouvaient aussi faire des choses mais le Vidéogazette ça marchait avec cette équipe, avec les enfants et avec des avis politiques. Les adultes étaient finalement spectateurs de ça mais chez eux le soir. Il y avait une une mixité, mais pas de clivages, je ne sais pas comment le définir autrement mais il y avait un bien vivre ensemble qui était vraiment facile. Alors ce n’était pas la même époque, maintenant on dit que c’est la densité qui crée ce problème-là, elle était pareille, puisque maintenant en plus elle diminue puisqu’on enlève des bouts, des morceaux de ces immeubles-là. Les choses ont bougé mais c’est vrai que dans l’esprit du Vidéogazette le travail local c’était l’ancrage du projet, et après le travail avec la mixité vers les enfants c’était une des grandes directions qu’ils voulaient privilégier oui.

Est-ce que vous avez des souvenirs d’avoir regardé des programmes dans l’appartement ?

J’en ai regardé dans l’appartement oui, j’ai fait à peu près comme tout le monde en disant : oh mais celui-là je le connais, parce que finalement c’est comme ça que le quartier, que la mayonnaise prend. J’ai participé puisque je travaillais dans je ne sais plus comment ça s’appelle, Maison de l’enfance oui pardon, donc on avait des visites du Vidéogazette qui venaient faire des après-midis de tournage le mercredi, je voyais le soir des choses qui étaient en cours de montage et qui n’étaient pas encore diffusées, je voyais des choses à la maison diffusées, oui. Alors c’était en noir et blanc, mais c’était vraiment important, en fait je regardais peut-être ça d’un œil encore différent des autres parce que ça se faisait à côté de moi, mais quand même je regardais ça avec plaisir. Mais je sais que le lendemain les gens en parlaient en disant : tiens c’était pas mal ce qu’on a vu hier, finalement ça marche bien. Ils ne disaient même pas finalement ça marche bien : c’était bien ce qu’on a vu, j’étais content de voir ce qui se passe à l’école, on a des images du quartiers qui ne sont pas celles qu’on serait capable de faire. Les gens, il y avait une fierté à être un quartier pilote avec une télévision pilote et des gens qui étaient présents. Mais l’équipe de tournage et du Vidéogazette, on avait l’impression qu’ils étaient là vingt-quatre heure sur vingt-quatre, ils étaient partout, dans les studios, dans la rue, partout, ils étaient toujours présents, ça c’était vraiment très important. Et du coup ça donnait, enfin les habitants trouvaient qu’ils n’avaient pas besoin d’avoir une caution : qui c’est, qui sont ces gens qui viennent faire du tournage, ils les avaient vus acheter des conneries à l’épicerie et donc c’étaient les mêmes qui faisaient un tournage sur leur quartier, mais sur leur quartier le leur, de celui qui y habite et de celui qui y qui tourne aussi. Ça c’était important, ce n’étaient pas des gens parachutés, mais parce que ça a démarré en même temps que le chantier se faisait.

Et vous avez participé à l’émission Agora ?

J’y suis allé une fois, mais je n’ai pas de… non je n’ai pas de souvenirs.

C’était une prouesse technique d’avoir réussi à faire ça et l’idée était originale, d’avoir des débats en public, avec de la musique.

Oui, ça c’était au collège, au collège 600 non c’était…

À l’Espace 600.

Il y en avait beaucoup de ces émissions Agora, parce que moi je ne me souviens d’une, puisque j’étais allé, mais je sais pas si l’expérience a été…

Entre 1 et 2 par mois selon les périodes, avec des rediffusions.

Ah oui donc il y en a plus qu’une.

Peut-être une trentaine.

Non je suis passé à côté de ça, je ne sais pas quand est-ce que ça s’est fait ça mais…

Quels sont vos bons souvenirs de l’époque liés à Vidéogazette ? Les discussions dont vous parliez tout à l’heure ?

Oui c’est ça c’est… Moi je découvrais en tant qu’étudiant d’école d’architecture, je découvrais en même temps une équipe qui se montait avec de la vidéo, que je n’avais jamais vu. Je découvrais des gens qui venaient d’univers complètement différents pour arriver à faire un projet et comment ce projet s’élaborait. Moi j’étais ébahi, c’était une espèce de découverte permanente, de toutes mes journées, école, Vidéogazette, Villeneuve tous ces gens. Non mais voilà, j’étais plutôt un espèce de visiteur ébahi, visiteur et participant un peu, mais visiteur ébahi de tout ce qui se faisait ici.

Et vous pensez que tout cela a influé sur la suite de votre parcours personnel ?

Certainement, sur le fait que la ville ne puisse pas se faire sans options politiques, c’est-à-dire que maintenant on fait des quartiers, on fait des belles images d’immeubles mais ils sont posés là les uns à côté des autres, il y a très peu d’endroits où il y a une volonté de faire un quartier avec ce que ça veut dire de réseau, de transports, d’équipements, de choses comme ça. Maintenant on fait des immeubles puis des équipements après, alors que là tout était fait dès le départ. Donc l’importance du politique dans la création des lieux oui, et puis ces appartements-là, c’étaient les premiers traversant qu’on faisait, c’étaient les premiers appartements que je connaissais moi, mais peut-être ça avait dû arriver en Suisse, avec des emboitements de demi-niveaux ou de niveaux entiers quand on était dans les immeubles en béton, avec une coursive qui distribue trois logements, celui qui est à plat, celui qui est en haut, celui qui est bas, pour que les gens se rencontrent encore plus, ce qui n’est peut-être finalement pas ce qu’on souhaite maintenant, mais ce qui était très bien à ce moment-là. Oui ces appartements traversant, si vous regardez les publicités des logements, des fois c’est marqué appartement traversant, ça a été inventé par l’AUA en 72, en 70 puisqu’ils ont dû commencer avant, donc ça a 45 ans et maintenant c’est encore un argument publicitaire. Donc oui ça m’a influencé dans la lumière, dans la qualité du logement, la permissivité du logement, il y avait des grandes cloisons coulissantes qui séparaient la cuisine du séjour ou qui pouvaient séparer un grand espace, enfin une grande chambre en deux petites, donc une évolution du logement, il pouvait y avoir plus de gens, moins de gens, plus de gamins et ça c’était tout tout nouveau oui. L’évolutivité du logement on en parle toujours donc oui, si ça a été important pour moi oui.

Est-ce qu’il y a des choses que vous souhaitez ajouter ?

Non parce que déjà je trouve que j’ai réussi à dire plus de chose que je pensais [rires]. N’étant pas vraiment dans l’équipe je ne sais pas ce que ça peut vous apporter, mais c’est des petites histoires autour.

Oui, quand vous dites que les gens en parlait avec fierté c’est important. On disait souvent qu’il y avait plus de gens dans le studio que pour regarder Vidéogazette.

Ah non non je crois, non non pas du tout.

Vous vous souvenez de discussions dans les coursives sur l’émission de la veille ?

Oui absolument, oui. Malgré les tensions dont je pouvais être spectateur, qu’ils pouvaient y avoir, il y avait malgré tout dans le tournage et dans la restitution une espèce de douceur qui se passait. Il n’y avait pas de gens qui disaient : mais c’est nul ce qui a été fait. Il y a des gens qui disaient : ah ouais c’est comme ça, même s’il y avait des critiques, elles étaient : ouais si, c’est pas mal, j’aurais pas vu ça comme ça, mais ça m’a fait plaisir de voir, enfin c’était assez doux, ce mélange était assez doux.

Vous voulez dire que ça servait à pacifier les relations entre les gens ?

Je ne peux pas dire ça parce que pour moi elles n’avaient pas besoin d’être pacifiées, au début c’était hyper correct, enfin je veux dire il n’y avait pas plus de problèmes que qu’entre les italo-grenoblois, non c’est pour dire des mots de maintenant. Non il y avait des gens du quartier de temps en temps ils se tapaient dessus, mais ce n’était pas le quotidien et ça n’entrainait pas une crainte des gens qui habitaient là. Dans ce quartier-là il y avait quand même plutôt une population jeune, donc les habitants du centre-ville qui étaient propriétaires ils allaient quitter pour habiter là. Des fois je me dis que ça va être comme SoHo dans vingt ans, ce sera l’endroit où habiter.

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