Entretien avec Jean Miguet

Description

Entretien avec Jean Miguet.

Date : 16 novembre 2015
Lieu : Studio Guy Diard à la Maison des Habitants le Patio à Grenoble
Entretien : Gilles Bastin
Enregistrement, montage, transcription : Logan Charlot

Transcription de l’entretien

Comment êtes-vous arrivé sur le quartier de la Villeneuve ?

Alors moi j’étais instituteur et avant d’être instituteur j’ai beaucoup travaillé dans le domaine de l’éducation populaire. Domaine de l’éducation populaire en théâtre, livre vivant et je me suis très vite spécialisé dans tout ce qui était son, à l’époque le le magnétophone on en avait besoin pour faire les bandes sons pour le théâtre, pour toutes sortes de choses et suite à ça je suis allé faire le métier d’instituteur qui me permettait pendant les grandes vacances de m’occuper de centre aéré, camp d’adolescents, etc., et puis j’ai, avec mes classes, beaucoup travaillé sur l’audiovisuel. On a fait des films, on a fait des des montages diapos. J’étais sur l’école Joseph Vallier à Grenoble, et puis en 68-69 on a appris qu’il y avait une expérience d’école ouverte qui allait se créer sur le quartier de la Villeneuve et donc j’ai postulé. À partir de 69 il y avait des réunions qui se trouvaient dans les bâtiments de la SADI, ça veut dire à la place actuellement du quartier Vigny-Musset et où avant même d’avoir été choisi on a travaillé pendant 2-3 ans un peu à réfléchir au projet école. Mais parallèlement à côté il y avait alors le responsable au niveau école primaire, c’était Raymond Millot, Raymond et Rolande Millot, lui le primaire, elle les maternelles, et alors tous les deux arrivaient des écoles de Vitruve de Paris, les expériences du XXe arrondissement de Paris. À côté il y avait Daniel Populus et puis un début d’embryon, qu’est-ce que l’on pourrait faire avec de l’audiovisuel, et très vite il a eu dans son équipe un jeune, Olivier Hollard, qui a disparu et qui s’est formé un peu mais qui est animateur, c’est-à-dire que lui il a été formé sur le tas par Daniel Populus. Et puis il y avait l’unité sociale, l’unité sport, tout ça c’était dans des préfabriqués, et donc je suis rentré au départ, c’était comme instituteur dans l’équipe. On a été choisit ensuite parmi tous les candidats, par des inspecteurs de l’INRP, mais on était bien moins nombreux qu’il n’aurait fallu, donc on a été les premiers, on a ouvert l’école des Buttes, et parallèlement à ça Daniel Populus mettait en place, pour préfigurer un peu, le Vidéogazette, enfin il y avait même pas l’idée de Vidéogazette, de la communication, l’idée de former le plus possible de gens sur le quartier. Donc à la fois des habitants, mais surtout des professionnels de différentes équipes, et c’est comme cela que j’ai suivi des stages de formation vidéo qui se faisaient au musée Dauphinois avec le matériel dont je vous parlais tout à l’heure qui avait été récupéré par Daniel Populus dans les greniers du Ministère de la culture je crois. Ensuite j’ai enseigné pendant un an dans l’école des Buttes et puis est apparu un poste ouvert au Centre Audio-Visuel d’instituteur. Alors qu’est-ce qu’il y a eu si je reviens maintenant au Centre Audio-Visuel, enfin au Vidéogazette. Le Vidéogazette dès le début a été prévu avec énormément de partenaires, dedans il y avait l’Éducation Nationale, il y avait le Ministère bien-sûr de la culture, il y avait la Mairie, Jeunesse et sport… Très important parce que c’étaient tous les gens qui amenaient les financements, et Jeunesse et sport au bout d’un an a retiré ses billes. Donc du moment qu’il y avait un travail à faire avec l’Éducation Nationale, l’Éducation Nationale à Paris, j’insiste à Paris parce que tous les problèmes on verra qu’il y a eu à mettre en place c’est qu’à Grenoble l’inspection d’académie a trainé énormément les pieds en disant qu’un instituteur était fait pour rester dans une école et pas pour faire de l’audiovisuel. Donc Paris a tranché en disant il faut absolument qu’il y ait un professeur, donc professeur qui est sorti… parce qu’il y a eu des commissions d’embauche, c’est Honoré Parise, qui lui était professeur de physique je crois à Saint-Martin d’Hères, en lycée. En primaire j’ai été choisi sur dix-huit candidats, parce qu’au départ dix-huit candidats qui s’étaient précipités mais quand ils ont su qu’on était payé comme instituteur, il n’en restait plus que six. Donc j’ai été un des six à être nommé ici pour m’occuper de tout ce qui était primaire et maternelle, et puis le collège a mis à disposition, c’est-à-dire l’équipe d’enseignants du collège a décidé de mettre à plein temps un de leur professeur, Michel Col, comme personne qui interviendrait au Centre Audio-Visuel. Donc voilà du côté Éducation Nationale. Alors il y a eu d’autres personnes comme par exemple François Pitiot qui était aussi au collège et qui a participé à certains moments à des activités du Centre Audio-Visuel, enfin du Vidéogazette.

En quoi consistait ce travail en étant détaché de l’Éducation nationale au sein du Centre AudioVisuel ?

Alors attendez, avant de voir ça, à côté il y avait Daniel Populus, il y avait une secrétaire, Maggy qui gérait tout ce qui était financier, relations etc., et puis il y avait un technicien, un ingénieur je crois que c’était Jean Lefebvre, je ne me rappelle plus trop son prénom mais je crois que c’est Jean Lefebvre, qui lui venait je crois des télécoms et puis Guy Diard qui lui était un jeune étudiant à l’époque, qui était à Grenoble à l’Institut d’électro-techni… je sais plus quoi enfin qui a arrêté ses études parce que pour lui c’était très important de partir dans cette filière-là. Pourquoi deux techniciens, parce qu’on est à Grenoble, le matériel vidéo qui apparaissait à l’époque, il fallait qu’il puisse être réparé rapidement, or il n’y avait rien sur Grenoble, à part bon l’entreprise Mentello qui nous réparait certaines petites choses, mais le reste il fallait que ce soit fait sur place, et surtout transformer du matériel pour qu’il puisse être adapté à ce qu’on allait en faire, et donc c’était deux touches à tout comme Jean Lefebvre et Guy Diard qui ont réussi cette prouesse-là. Et puis il y avait aussi un photographe qui s’occupait du labo photographique, alors pas tout de suite. Au début en définitive c’était Honoré Parise qui avait conçu le labo photo et on se partageait, je faisais avec lui, on se débrouillait pour faire l’animation de ce labo photo lorsqu’on ne travaillait pas avec des enfants, lors l’ouverture aux habitants de ce lieu. Toujours, j’insiste, le Vidéogazette au départ a été prévu pour être intégré, c’est-à-dire fonctionner aussi bien avec des professionnels, avec les différents secteurs d’éducation de la Villeneuve, mais aussi les associations et les habitants, mais très vite on a vu qu’on avait tellement de boulot qu’il fallait embaucher un photographe professionnel et là on a choisi Pierre Canaguier qui a fait un boulot monstre sur la photo ici sur le quartier. Et puis il reste je crois j’en oublie pas, mais alors impossible de retrouver son nom, il y avait un graphiste qui s’occupait de toutes les affiches du Vidéogazette, c’est-à-dire qu’avant chaque programme on verra tout à l’heure comment ça a fonctionné, il fallait dans la semaine avant ou la quinzaine avant qu’il placarde des affiches avec le programme de la semaine ou de la quinzaine et puis, autre chose, c’était faire les petits flyers qui allaient dans les boites aux lettres et donc c’était son travail. Mais aussi comme tous les gens de l’équipe, ils étaient amenés à travailler avec nous dans le secteur scolaire à certains moments, et nous en contrepartie on travaillait avec l’équipe vraiment du Vidéogazette pour les émissions du quartier. Voilà, quand je parle d’intégration, c’est-à-dire qu’on n’était pas qu’Éducation nationale, on travaillait avec. Alors ça a été vraiment quelque chose d’extraordinaire du point de vue formation, parce qu’en définitive on a eu une formation tous, presque sur le tas par les techniciens. Sur le tas, c’était le début, j’insiste, en 71-72, c’est le début des magnétoscopes Sony à bande demi pouce qu’on appelait transportables à l’époque, mais c’était tout nouveau. Donc on a commencé et puis dans l’équipe les références qu’on avait c’était des références au niveau vidéo, plus de cinéma, et je me souviens d’un jour ici il y avait eu à Alpexpo, il y avait eu, je ne me rappelle plus quelle manifestation, et il y avait deux journalistes d’Antenne 2 qui étaient à Alpexpo, ils étaient venus nous voir ici et ils étaient là derrière la fenêtre puis ils nous regardaient filmer. Ils regardaient les reportages qui avaient été faits, et puis ils nous dit : mais dites ce n’est pas de la vidéo ça, en vidéo on ne s’amuse pas à se mettre sur un pied à prendre de loin etc. On est avec une caméra sous la tête des gens à régler, changer de place etc. Et ça nous a changé complètement notre façon de travailler. Ça n’a pas été évident je me rappelle qu’il y avait une personne dans l’équipe qui au départ a claqué la porte en disant : non mais moi je filme pas comme ça. Et en définitive on s’est aperçu que si, il fallait travailler comme ça. On travaille avec un support ou on a besoin de privilégier le plan moyen et puis le gros plan, et donc il fallait changer la manière de filmer. Alors bien-sûr que ce n’était pas possible dans le studio ici, mais tout ce qui était reportage à l’extérieur on apprenait à travailler en grand angle et à s’approcher. Alors pour revenir au niveau Éducation nationale, on avait les mains libres, on ne nous avait pas donné au départ de consigne, c’est après qu’en discutant qu’on m’a dit : oui, travaillez là-dessus, approfondissez cela etc., parce que pour l’Éducation nationale, pour l’INRP à l’époque c’était quelque chose d’un peu nouveau, il y avait bien une expérience à Saint-Quentin en Yvelines aussi du même genre, mais c’était un peu tout nouveau et en photo à Beaubourg. Alors Beaubourg ils prenaient des Instamatics à l’époque, ils donnaient à des enfants à aller prendre des photos et puis on s’était aperçu nous en voyant les résultats qu’il y avait énormément de déchets, c’est vrai que dans ce qui avait été prévu comme matériel au début, il avait été prévu pour les écoles des Instamatics et on s’est aperçu que si on voulait un appareil photo il fallait avant apprendre aux enfants un tout petit peu, quelques règles de cadrage etc. Donc avec Honoré Parise et Michel Col on a décidé de se mettre ensemble et de prendre systématiquement, on ne pouvait pas prendre tout le monde, donc a dit on va systématiquement prendre tous les CM1, CM2 du quartier, tous les enfants de 6ème du quartier et donc sur deux ans, ils auront tous avec leur professeur, avec un de leur professeur, le vendredi après-midi, trois heures d’audiovisuel pendant un mois. C’étaient cinq semaines et à la fin chaque groupe d’enfant devait présenter aux autres leur réalisation et bien-sûr discussion. Alors qu’est-ce qu’il y avait, je me suis occupé par exemple de faire un studio son, de faire du conte radiophonique. Ça va être décousu ce que je vais dire, mais je reviens en arrière. Quand je suis venu au Centre Audio-Visuel, mes collègues à l’école des Buttes m’ont dit : mais qu’est-ce que tu vas faire Jean, ça va pas de quitter l’école pour faire un truc, parce que à l’époque dans les années 70-71 la télévision était quelque chose que les enseignants refusaient complètement, c’était symptomatique j’ai fait plus tard une enquête quelques deux ans ou trois ans après avec l’INRP et on l’a faite dans plusieurs coins de France, dans Bordeaux, Paris, c’est : comment les enseignants voyaient la télévision. Et donc pour les enseignants de Grenoble c’était vite vu ce n’était pas du tout un art. Le cinéma était passé un art, mais pas la télévision et aucun des instituteurs du quartier, il y en avait quand même soixante, soixante-dix, parce qu’il y avait cinq écoles primaires et cinq maternelles, aucun enseignant n’avait la télé chez lui. Leurs enfants allaient voir la télé chez les voisins dans les coursives le mercredi. Donc je suis venu ici et on m’a dit Jean qu’est-ce que tu vas faire ? Donc il a fallu que je leur montre que c’était important d’intégrer la culture de l’image dans l’enseignement, et donc par ce travail qui a été fait les vendredis, on a pu à chaque fois avec soit le professeur, soit l’instituteur montrer, et ils en ont parlé avec les autres. Donc le conte radiophonique j’ai eu des enfants qui, je me rappelle un enfant, qui bégayait mais atrocement et ce gamin-là il voulait absolument faire quelque chose, donc il a travaillé sur le conte radiophonique et puis on lui a montré qu’avec une paire de ciseaux il faisait, il remettait, il arrivait à un résultat et ça l’a complètement débloqué au niveau… Il faudra en parler à une personne dont vous m’avez parlé tout à l’heure parce que je crois c’était une personne qu’elle a connu ensuite au collège. Et ainsi de suite, on a eu plein d’enfants qui par exemple étaient marginalisés à l’école, ils avaient l’air de ne pas s’occuper toujours, et dès qu’on est arrivé avec des appareils, qu’il fallait s’occuper de mettre les batteries, de charger la batterie, qui ont réalisé des choses, j’ai dit radio, donc surtout moi ce que j’ai fait, mais d’autres ont fait d’autres choses, ils ont fait des enquêtes radiophoniques, monter etc. Donc on apprenait aux enfants à faire de la prise de son, à monter de la bande magnétique, bien-sûr avec le scotch et les ciseaux à l’époque. Ensuite en vidéo on avait un un petit studio, celui qui arrivait des Affaires culturelles et avec celui-là on a appris aux enfants à réaliser des choses avec une régie, dont toutes sortes de choses. Il y a par exemple un film, alors c’étaient des films qui devaient durer trois minutes, ils demandaient quinze… cinq semaines, que les vendredis de travail, enfin à réfléchir, construire, donc je me souviens d’un film, ça serait bien de le retrouver, formidable, ils avaient fait un film, c’étaient des sixièmes : comment la Villeneuve est vue par les urbanistes et comment maintenant on peut la voir. En voyant une chose c’est qu’ils ont utilisé ce que l’on leur avait montré dans dans les formations, c’est que suivant comment on met la caméra, on raconte des choses différentes, on peut montrer,je me rappelle, ils étaient partis avec des prospectus du départ de la Villeneuve pris sur le banc titre avec une voix bien posée qui racontait qu’est-ce que devait être le projet de la Villeneuve, et après ils sont allés prendre des photos. Oui parce qu’il n’y avait pas d’images en live, ils ont pris des photos et en se débrouillant pour montrer les arbres à sec, donc tout ce qui tombait du ciel, et la voix, celui qui donne la voix, parlait au travers d’un tuyau pour donner une ambiance complètement différente en changeant la musique. Donc très intéressant ne serait-ce pour les professeurs de montrer cela, en vidéo c’étaient aussi des petites scénettes et là aussi un truc intéressant, on avait travaillé sur la publicité, montrer, essayer de voir, discuter, comment ça fonctionne, on décrypte, on repasse en arrière, on regarde plan par plan et donc après un groupe du collège avait fait une publicité sur des chaussures qui puent, je ne sais plus quoi, enfin il y avait trois publicités très chouettes qu’ils avaient fabriquées comme se faisait une publicité, mais ils le faisaient en détournant, un peu ce qui après a été fait à Canal par les nuls, mais c’était cela l’idée. Alors j’ai dit vidéo, son, en photo, c’était le reportage, vous choisissez une idée, mais vous ne dites pas aux autres, et après, au niveau du montage diapo il faudra que les autres découvrent ce que vous avez voulu dire. Alors là encore un truc mémorable, un groupe qui avait choisi de raconter les magasins du quartier, et donc ils montraient la boucherie en photo, la pâtisserie etc. Et puis d’un seul coup, tout le monde regardait ça, au niveau de la boulangerie pâtisserie, grand éclat de rire dans la salle, quand les autres du groupe avait fait la mise au point, qu’est-ce qui se passait, c’est que dans un petit coin de la photo il y avait un chien qui pissait contre la vitrine, personne ne l’avait vu dans ceux qui avaient fait le montage pour leur montrer, et donc ça pour nous c’était intéressant, de dire tiens on saute là-dessus, regardez, faites attention, dans ce que l’on fait il y a des choses que l’on ne maitrise pas et que les gens risquent de ne pas comprendre, c’est pas parce que nous on veut dire ça que l’on dit quelque chose. Photo ça, ou alors avec le graphiste c’est faire des panneaux photo par exemple, un thème et après en découpant dans la photo en mettant des textes, faire une une affiche. Donc vous voyez c’était le genre de travail qui était fait avec les écoles, on poussait petit à petit, les instituteurs se sont retournés vers nous et nous ont demandé est-ce tu pourrais pas nous aider à faire une bande son, on a créé ici sur le quartier dans la salle 600, donc équipements intégrés la salle de spectacle a servi aussi à une une semaine ou une quinzaine du théâtre par les enfants, et il fallait fabriquer avec eux la bande son qui allait aller avec le théâtre ou bien des diapos qui allaient être projetés pendant. Autre grand projet une école du quartier, l’école du Lac, les enseignants nous ont dit travailler avec leur élèves, ce qu’on appelait le cycle trois, c’est-à-dire CE2-CM1-CM2, les grands, faire un livre pour les enfants plus jeunes qui apprenaient à lire, et on a, avec Honoré Parise, tous les deux, étaient du départ à la conception de ce livre-là jusqu’à la fabrication. On a eu les ateliers, à l’époque il y avait une imprimerie dans la bibliothèque de Grand Place, et donc le gars qui s’occupait de l’imprimerie nous a sorti, avec les enfants, on a sorti ce livre qui a tellement eu de succès, ces petits livres, Dinomir je crois ça s’appelait que la Maison des instituteurs a acheté à l’école le droit de fabriquer, ça veut dire qu’à partir de ce moment-là, on avait un livre, ce qui demandait beaucoup de temps. Après les enfants ont fait des livres, mais c’était après le domaine de l’édition qui les a mis en page etc., et l’école du Lac, il faudrait le demander maintenant, je ne connais pas actuellement le directeur, mais recevait toutes les années des droits d’auteur sur ces livres-là, ce qui leur a permis d’acheter du matériel, ordinateurs etc. Alors l’autre domaine, Vidéogazette plus, cette fois-ci au niveau quartier, donc diffusion et écoles. Deux choses. Un, monter un programme d’émissions créées par les gamins, jouées par les gamins, mais filmées par des adultes, ça s’appelait Amusade, et là ça eu énormément de succès entre guillemets pour la chaine, c’est que les parents des écoles qui étaient concernés regardaient ces émissions-là. Je disais par des adultes, on n’avait pas dans l’équipe suffisamment de personnes qui venaient, qui pouvaient nous épauler là-dedans, donc c’est là où on a eu des personnes comme madame Jobert, qui sont venus qui avaient été formées, qui faisaient parties de la première équipe qui a été formé au Musée Dauphinois à la tenue de la caméra etc. et il y avait un technicien qui lui était aux commandes, je sais même pas si c’est pas Daniel Populus à certains moments; qui était à la régie. Ça c’est une chose. Deuxième chose ça a été dans les reportages qui ont été faits sur le regard du quartier, enfin non en général des documents qui étaient en direction des habitants, il s’est avéré que très peu de gens étaient intéressés. Il faut voir qu’au départ tout feu tout flammes, on arrivait avec trois chaines de télévision en noir et blanc qui venaient de passer en couleurs, on s’est dit la quatrième chaine arrive ici, mais il y a eu des émissions qui ont beaucoup intéressé les gens parce que ça les concernaient, mais le reste, quand il y avait une émission… Moi j’étais un soir sur un tournage. J’étais derrière une caméra, c’était, n’importe quelle association pouvait demander gratuitement, on ne demandait pas, tout était gratuit, à faire une émission sur leur sujet. Je me suis endormi derrière la caméra, donc je me dis que les gens, j’imaginais les gens dans leur fauteuil, ils ne pouvaient pas résister à ça. Alors l’une des émissions qui a beaucoup eu aussi un impact c’est l’éducation sur le quartier, l’enseignement primaire sur le quartier plutôt, parce qu’il y avait des gens qui étaient contre et donc on a donné la parole aux uns aux autres avec un débat dans lequel il y avait l’inspecteur primaire du quartier qui était présent. Tout le temps avec les écoles primaires et la télévision j’en oublie une importante, ben je ne vois plus, ça me reviendra.

Dans le projet initial, a priori il existait deux chaînes, une pour Vidéogazette et une autre pour la formation des adultes, ça ne vous dit rien ?

Si, la formation adulte il est resté le travail qui a été fait avec les médecins de la Maison médicale. On a fait un film à la demande du responsable radiologue de l’époque, un film sur le dépistage précoce du cancer du sein, donc il a fallu trouver une personne qui accepte de de passer à la télévision et de faire les exercices de palpation devant la caméra, et ce film-là a été diffusé d’abord une fois comme ça, enfin quand je dis une fois, c’était quelque chose de nouveau à l’époque, on ne s’en rend pas compte c’est qu’il y avait des replays, des rediffusions, prenons le terme de l’époque, rediffusions, chose qui n’existait pas avant. L’émission passait une fois et c’était fini, tandis que là on n’avait pas les moyens de faire tellement de documents à la suite, je vous rappelle qu’à l’époque il fallait une heure de temps pour monter une minute de bande, donc quand c’était du direct ça pouvait encore aller mais on ne mettait pas que du direct, il fallait qu’il y ait des sujets filmés dedans, donc il y avait un temps monstre. Alors pourquoi je disais ça…

Le cancer du sein.

Ah oui le cancer du sein. Donc une fois ça a été diffusé et après pendant deux ans les médecins, on avait un caddie dans lequel il y avait une télé, ça allait dans certaines coursives où il y avait des locaux sociaux et là les gens de la coursive recevaient un mot disant : les gens qui sont intéressés de quinze heure à seize heure pendant les périodes de classe, comme ça il y a pas les enfants, les gens sont libres parce qu’ils n’ont pas à s’occuper de leurs enfants, vous pouvez mesdames venir voir, et il y aura toujours un médecin qui sera présent pour répondre tout de suite à vos questions. Ce genre de matériel de diffusion sur roulettes a été beaucoup utilisé par le Centre Audio-Visuel parce que c’est bien beau, le quartier devait être immense tout câblé etc., il a bien-sûr été câblé dans la première tranche et en direction d’Échirolles aussi, mais Échirolles a dit niet les émissions du Vidéogazette je les veux pas. Il n’y avait que le quartier 1 qui recevait les émissions. Donc qu’est-ce qui se passait c’est que souvent des émissions étaient faites pour tel ou tel groupe, par exemple à un moment donné l’armée avait décidé de faire un champ de tir sur le plateau de Saint-Ange, donc les gens s’étaient élevés contre ça et on avait été là-bas, on avait filmé ce que disaient les gens. Je me rappelle le curé qui sonnait la cloche pour dire : voilà dès que je vois arriver les militaires je sonne pour que les barrages se mettent place. L’autre chose c’était à l’époque la Colline Verte, c’est-à-dire qu’il était prévu au-dessus d’Échirolles de faire une carrière à ciel ouvert pour extraire des matériaux et il y a eu une levée de bouclier, d’ailleurs ça a payé. Ces deux prises de conscience ont fait qu’ensuite la préfecture a retiré ses projets, donc c’est passé sur le quartier mais aussi après c’est passé sur place Grenette, devant les nouvelles galeries, dans des chariots sur roulettes et des films passaient et après les gens de l’association pouvaient distribuer leurs tracts etc.

Avec les enfants, il y a un objectif pédagogique, mais on sent qu’il y a un objectif plus politique avec l’éducation à l’image ?

Absolument, là-dessus l’INRP nous as dit allez, foncez là-dedans, on rentrait dans un domaine qui commençait aussi à être fait dans d’autres endroits, c’est l’action JTA, Jeune téléspectateur actif, après ça a eu un autre nom je m’en rappelle plus, mais où en définitive il fallait former les enfants à être critique par rapport à une image. Alors là chaque école faisait son projet. Le projet par exemple de l’école des Charmes, et là-dessus il faudrait voir je vous dirai tout à l’heure ça me reviendra, l’ancien directeur Béranger, André Béranger qui habite la Villeneuve. Deux choses. Dans une classe de cycle 3, alors on l’a fait avec plusieurs classes, on l’a fait depuis la maternelle, on présentait des morceaux. Alors soit par exemple d’actualité, soit une émission quelconque et derrière il y avait discussion des enfants sur ce qu’ils avaient vu, ce qu’ils n’avaient pas vu. On est allé le faire en maternelle et en utilisant cette fois-ci un morceau de film qui était polonais qui s’appelait Trois noisettes pour Cendrillon, l’histoire de Cendrillon revisité mais en définitive on s’est aperçu que ça ne marchait pas avec ces enfants-là, et les enseignants au départ on dit : non c’est pas la peine, on perd du temps, les enfants ne peuvent pas comprendre, ça va trop vite, l’image et tout. Et on leur a dit : non on va faire autrement, c’est qu’on arrête, on ne regarde pas tout, on arrête toutes les trois minutes puis on dit qu’est-ce qui va se passer ? Et on s’est aperçu que ces petits enfants avant le CP qui au départ disaient : ah bah c’est l’histoire d’un cheval et puis ah non c’est l’histoire etc. suivant le moment, brodaient des histoires qui n’avaient pas à avoir… Au contraire dès que l’on a dit anticipez, et ça a formé les enseignants à dire : avec des enfants on peut faire quelque chose mais ça demande un autre type de travail. Donc ça a été fait avec cette école-là et tiens là-dessus, je ne sais pas si vous l’avez déjà enregistré, c’est Michel Jullien, il était alors instituteur à l’école des Charmes et avec sa classe j’ai travaillé là-dessus, c’est peut-être lui-même qui avait demandé ça au départ. Et puis ensuite ils ont volé de leurs propres ailes en faisant une fili-radio, c’est-à-dire que Christian Bailly leur avait installé des petits haut-parleurs dans chaque classe et dans un petit placard en bas, il avait installé un magnétophone, une toute petite régie, un micro, et donc tous les matins avant, et là ça a duré plusieurs années je crois, au moins deux ans, tous les matins les enfants commençaient normalement à neuf heure mais venait à huit heure et demi le groupe qui était en radio, il y en avait 3-4 gamins, et ça changeait, ce n’était pas toutes les semaines les mêmes, ce groupe-là arrivait à huit heure et demi, ils avaient réfléchi avec leur classe à quels étaient les sujets à faire et donc ils mettaient en ondes leur sujet en direct, avec tous les problèmes d’élocution qui pouvaient se poser, et tous les jours à huit heure, à neuf heure cinq, jusqu’à neuf heure dix, ou quinze, je ne sais plus, ça ne durait pas plus longtemps, tous les enfants écoutaient la voix de quelqu’un de l’école qui racontait les histoires, ç’a beau être du quartier, c’étaient les annonces qu’il y avait tel spectacle, qu’il y avait tel activité et autres, ou dans l’école et les consignes scolaires etc. Et là après nous on n’y était plus, c’est-à-dire que c’étaient les enseignants qui se débrouillaient tous seuls.

Est-ce qu’il y avait à l’époque une critique des médias sur la façon d’aborder le quartier de la Villeneuve et une volonté de changer cela ?

Il y a eu une émission de TF1 qui est venue alors je ne me rappelle plus laquelle c’est. Ce n’est pas en tout cas les premières, ce n’est pas celles de l’utopie ni celle de L’Arlequin ou l’auberge espagnole, il y en eu deux au départ de TF1. Là c’était déjà… non ce n’était pas privatisé je crois. Est-ce que c’est TF1 ou c’est la Cinq, je ne sais pas, mais en tout cas ils étaient venus et les gamins, après on a repassé, c’était symptomatique, ils ne se sont pas vus, ça se passait sur les collines du lac, et c’est là où on a montré que ce n’était pas comme ça que… enfin on pouvait dire des choses qui n’étaient pas vraies. Mais ç’a été ponctuel à un moment donné.

Est-ce que les enfants participaient aussi aux autres émissions de Vidéogazette ? À l’Agora ou d’autres émissions ?

Alors l’Agora. Ça aussi c’était une émission qui était à l’époque… on ne connaissait pas tellement ça, c’est vraiment un truc qui a été… par Daniel Populus. Donc ça se passait le samedi, toutes les trois semaines, le samedi les gens s’inscrivaient, alors syndicat, association et autres pour passer dans l’émission et il y avait aussi à chaque fois un groupe artistique, musical ou autre, qui faisait des intermèdes, et il y avait un dessinateur qui faisait des croquis, c’était je crois un dessinateur qui travaillait pour le Dauphiné libéré à l’époque. Donc à quatorze heure les gens de toute l’équipe du Vidéogazette, on prenait un des groupes et on travaillait avec eux pendant trois quarts d’heure, comment, qu’est-ce qu’il voulait dire, comment il fallait… donc en leur disant il va falloir couper là et au moment de l’émission dans la salle 600, les caméras étaient branchées là-bas, mais tout arrivait ici sur la régie qui était ici et donc les gens intervenaient, qui voulaient dire des choses intervenaient, mais la Villeneuve venait comme spectateur. Seule chose, c’est qu’on dit mauvaise langue, qu’il y avait plus de gens le samedi après-midi à regarder tourner l’émission que le jour après à voir l’émission dans leur fauteuil. C’est vrai que ça crée énormément d’ambiance, c’est là où des enfants, alors c’est vrai que quand il y avait un groupe de jeunes qui allaient faire un camp de de cirque ou n’importe quoi il y avait là-dessus… Il faudrait trouver un film qui a été tourné par Olivier Hollard sur le cirque de la Villeneuve je crois, c’est-à-dire que maintenant c’est les batac… bata je sais plus comment, le groupe de percussions…

La batuc oui.

…qui va, qui circule en Europe, à l’époque c’étaient ces enfants qui avaient monté un spectacle, enfin avec des professionnels qui les ont aidés, un spectacle de cirque et donc ensuite ils ont fait l’Ardèche, ils ont fait la… et donc tout avait été filmé par Olivier Hollard, voilà la participation. Et puis alors si les grands moments, les grands moments de la Villeneuve c’était la fête de l’Aïd, et c’était filmé dans la salle 600 et les gens étaient aussi dans la salle et là les enfants aussi y participaient. Autrement non. Alors au départ je disais tout feu tout flamme tout le monde s’est précipité vers le Vidéogazette, c’est extraordinaire, on va avoir une télé etc. et puis quand les gens ont vu, surtout les responsables d’association, ils se sont aperçus qu’il fallait une heure travail pour faire une minute de bande, très vite ils ont dit : oh là une ronéo ça va plus vite. Et alors ils se sont retournés, deuxième partie du Vidéogazette, donc la deuxième année, ils se sont retournés vers nous en disant : faites-nous les films. Ça veut dire qu’au départ nous le but c’était de les faire participer et la fin de Vidéogazette c’était vous êtes des techniciens, vous allez faire notre film. La ville aussi disant il faut faire plus si ça marche, s’il y a aussi peu d’audience et que vous ne faites pas assez de choses, donc vous allez multipliez. Donc le Vidéogazette est mort de sa belle mort surtout qu’à l’époque je crois que c’était monsieur Barre qui était Premier Ministre, il a arrêté les crédits en disant : ça pourrait être intéressant si c’est une chaine financée par quelqu’un d’autre mais l’État retire ses billes. La ville a fait de même, surtout qu’en définitive elle s’en prenait plein la gueule, parce qu’à la fin, à la dernière année, il il fallait des gens qui pouvaient venir passer du temps, c’étaient souvent des jeunes étudiants plutôt ligne rouge qui venaient ici et qui tapaient à bras raccourcis sur la mairie, donc quand la ville a dit l’État arrête, elle a dit : moi j’arrête aussi. Il n’y a que l’Éducation nationale qui a dit : nous on continue, la seule chose c’est que l’équipe devra décider de trouver un fonctionnement, de faire fonctionner le matériel qui existe en direction de l’école.

Quels souvenirs vous gardez de la fin de Vidéogazette ?

On voit que d’abord c’est très dur de mobiliser les gens, qu’en définitive quand les gens ont entendu que le Vidéogazette s’arrêtait il n’y a pas eu du tout un brin de mobilisation des gens. Ça montrait bien que les gens étaient usés et que ça ne correspondait plus à l’attente qu’ils avaient au départ, alors qu’il y avait surement encore des choses à faire mais ça vient aussi du fait que c’était trop petit, la couverture audiovisuelle était trop restreinte, ça a tout le temps été un des problèmes du quartier, fermé sur lui-même et la Vidéogazette ne faisait qu’en plus fermer cette expérience sur elle-même.

En 1976 Vidéogazette s’arrête, mais vous continuez à travailler ?

Nous on continue. On est convoqué à Paris, Honoré Parise et moi-même et on nous dit : écoutez vous continuez. Ils ont dit : il y a quand même du matériel, vous avez déjà des choses qui sont intéressantes. On avait participé parallèlement à toutes sortes de recherches, moi j’ai beaucoup participé avec l’INRP avec Josette Sultan sur l’enfance téléspectateur et donc on nous a dit continuez. Mais c’est nous qui avons décidé de… Au départ l’Éducation nationale mais très vite on a dit ça ne va pas, il faut qu’on réouvre, parce qu’il y avait des gens qui venaient nous trouver, c’est-à-dire que le Vidéogazette s’est arrêté mais par contre le besoin de formation il existait. Alors le premier truc ç’a été le labo photo, il a fallu vite le rouvrir, donc le labo photo a refonctionné comme il fonctionnait avant, Pierre Canaguier est parti, il a fallu le changer trouver quelqu’un d’autre, ça n’a pas été évident au départ on avait pris un apprenti mais ça ne suffisait pas, il fallait vraiment qu’il y ait un professionnel qui fasse vivre le labo. Le labo avait cette richesse-là, c’est que non seulement les gens pouvaient venir tirer leurs photos, ils venaient avec leur papier, les produits étaient à leur disposition, ces produits en définitive servaient dans la matinée, dans la journée pour écoles, le soir ils servaient, ou l’inverse… Mais en même temps les gens quand ils venaient faire leurs photos, ils regardaient : ah ce que tu as fait c’est pas mal etc., et donc il y avait toutes sortes de discussions dans cette pratique du laboratoire photo et c’était fou le nombre de gens qu’il y avait au labo photo. Donc, on a continué le travail, ce qu’on faisait avec les écoles, les collèges, et puis on est allé travailler sur des projets plus scolaires, enfin scolaires, en direction de l’image etc. Puis en 78, on va sauter à pieds joints, Guy Diard je me souviens un jour, je rentre là-haut, c’était juste au-dessus leur bureau technique, et il était en train de travailler sur des composants, il m’a dit : tu vas voir ça, ça va être quelque chose qui va surement t’intéresser, et c’était l’ordinateur. Et donc en 79 il y a eu une exposition ici dans la bibliothèque qui se trouvait là, à l’époque c’était bibliothèque et centre documentaire du collège, et le CNET était venu faire une expo, là je suis partie en dehors du Centre Audio-Visuel parce que la mairie de l’époque ne voulait pas, surtout quand Carignon est arrivé, qu’on fasse d’informatique. Je crois qu’il craignait qu’on inonde avec de la PAO, donc on a créé à côté un Club informatique qui continue d’exister où je travaille tout le temps, Ademir, qui ensuite s’est intégré de nouveau dans le Centre Audio-Visuel, j’ai fais venir le numérique, en voyant une chose c’est qu’au départ Guy Diard me disait : non Jean tu rêves, la photo avant qu’elle soit numérique tu te rends la mémoire ce qu’il faudra ? Alors ne parlons pas de la vidéo, c’est allé très vite, c’est allé très vite.

Et du coup vous vous rendez compte des possibilités si ces outils-là avaient existé avant ?

C’est extraordinaire, c’est extraordinaire ce que j’ai réussi à faire après avec des enfants et là il faut voir qu’au départ pareil que pour pour l’audiovisuel, pareil que pour la télévision, les instituteurs ne pouvaient pas voir l’informatique, pour eux l’informatique c’était une expérience que l’Éducation nationale avait voulu lancer, le programme Gamin qui était alors je sais plus G A pourquoi, mais c’était savoir ce que les enfants dans leur famille, les conditions familiales, est-ce que les parents boivent, est-ce que si, est-ce que là, pour dire dans dix ans il faudra tant d’éducateur, il faudra tant, donc ce côté flicage. Les instits pour eux l’informatique c’était ça. Et donc j’ai réussi avec d’autres copains là de la Villeneuve, et en dehors du Centre Audio-Visuel, parce que le Centre Audio-Visuel n’y croyait pas au départ à créer des programmes et ensuite on a été demandé de continuer au niveau de l’INRP, ELMO zéro entrainement à la lecture par micro-ordinateur et d’un seul coup ces mêmes personnes qui au départ ne voulaient pas entendre parler de l’informatique s’en sont emparées. Les écoles primaires de la Villeneuve se sont dotées elles-mêmes avec toutes sortes d’activités, j’ai dit les livres, droits d’auteur pour une, d’autres faisaient un restaurant scolaire, alors ça il faut voir la personne dont vous me citiez tout à l’heure elle a participé à ça, le samedi les élèves faisaient un restaurant scolaire qui recevait les familles et donc avec ces financements-là, les écoles se sont dotées de micro-ordinateurs d’époque des TO7 et la Ronéo, enfin la machine à alcool a disparu des écoles primaires, alors qu’au collège non pas du tout parce que eux disaient : nous on attend, tant qu’on n’aura pas, parce qu’ils étaient privilégiés par rapport aux écoles primaires, ils faisaient moins d’heures, ils avaient tout un temps de concertation qui était compté dans leurs heures, les écoles non il fallait faire son temps scolaire puis des réunions après, et donc plein de choses se sont faites avec l’ordinateur à ce moment-là en direction des élèves, publication etc.

Avec le recul, quel a été l’apport de l’expérience Vidéogazette à l’histoire de ce quartier ?

Il y a une chose à laquelle on a tout le temps fait attention et tout le temps on s’est battu là-dessus c’est de dire attention tout ce qu’on fait avec vos enfants c’est pas pour faire des professionnels de l’image, mais je m’aperçois qu’il y a énormément d’enfants qui sont dans le domaine du son, de l’image, de la photo, du théâtre, de la musique, il y a eu tout un bain culturel, le reste après à savoir est-ce que tout le monde a appliqué ce qu’on a essayé de montrer je ne sais pas.

Vous vous considériez comme des pionniers, des militants ?

Oh ça on était des militants avant tout, pas seulement en audiovisuel, je crois que tous les les gens de la première équipe de la Villeneuve, toutes les équipes que ce soit dans le sport, dans le social, même la Maison médicale et on était tous des militants, et avec cet intérêt d’intégration c’est-à-dire qu’on parlait tout à l’heure de travail avec la Maison médicale et bien les enseignants avaient une réunion par semaine entre eux le soir, mais il y avait souvent des réunions avec du personnel de la Maison médicale sur tel ou tel sujet quand il y a eu une épidémie de méningite ou autre, voilà. Pionniers je sais pas parce qu’il y avait d’autres lieux en France où il s’est passé des choses, et là avec l’INRP on a essayé de faire des rencontres un peu pour montrer ce qu’on faisait. La seule chose quand même qui a montré qu’on avait acquis certaines compétences dont pouvait profiter l’Éducation nationale c’est le CRDP qui a très vite demandé qu’on on intègre leur cellule de formation audiovisuelle. Deuxièmement les derniers inspecteurs d’académie que j’ai connu ont validé complètement le projet alors que la mairie de Grenoble de l’époque voulait faire disparaitre complètement le Vidéogazette, ou l’expérience. Et c’est grâce à des inspecteurs d’académie qui ont tapé le point sur la table en disant on y met des moyens, on continue qu’on est resté sur le quartier à faire de l’audiovisuel. Avec cette petite anecdote, un des inspecteurs, c’était son inspecteur adjoint qui était donc au Conseil d’administration et qui nous a vraiment aidé, et l’inspecteur vient et puis un jour il va au labo photo, donc je vais avec lui au labo photo et il y avait une classe de transition, c’était à l’époque les enfants qui étaient mis un peu au rebut, et ils faisaient de la photo, et donc l’inspecteur me dit : mais je ne vois pas trop qu’est-ce que ça peut leur amener ces enfants de faire de la photo. Et je lui dis : vous savez si les enseignants, et en particulier les enseignants d’histoire géographie, avaient travaillé un peu plus sur les documents iconographiques peut-être qu’ils enseigneraient différemment. Et le gars me dit : je suis inspecteur, je suis professeur d’histoire géo, je lui dit : bah je le dis quand même. Mais c’est vrai que ça a beaucoup changé, il faut savoir que dans le labo photo avec Honoré Parise, on avait monté un banc de tirage photo, les enseignants venaient avec leur bouquin, directement ils prenaient leur photo, ils nous donnaient le rouleau, on leur développait dans une heure après, deux heures après ils avaient leur photo, diapo, donc il y avait tout une auto documentation qui s’est créée ici à la Villeneuve grâce aux moyens du Vidéogazette.

Quand on regarde aujourd’hui dans l’éducation à l’image, le CLEMI (Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information) les moyens sont beaucoup plus faibles.

Bah il n’y a plus personne même du CLEMI je crois, il ne doit pas y avoir de permanents comme on a eu, des gens du CLEMI. Et pourtant.

Il y en aurait autant besoin aujourd’hui que dans les années 70.

Je dis aux enseignants que je vois mais, à Agnès en particulier, regarde l’émission maintenant, Arte a sorti un petit bijou le matin ARTE Journal junior qui est formidable.

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