Entretien avec Jean Claude Horquin, Patrick di Meglio, Nicole Horquin

Description

Jean-Claude Horquin était animateur habitant du quartier de la Villeneuve.

Patrick di Meglio est issu de l’école Estienne des métiers du Livre. Il a été le graphiste de Vidéogazette et devient ensuite graphiste et maquettiste pour des revues comme L’Officiel Femme, L’Événement du Jeudi, Marianne, etc. Il est aujourd’hui artiste sculpteur.

Nicole Horquin était une habitante du quartier de la Villeneuve.

Date : 1er décembre 2015
Lieu : Studio Guy Diard à la Maison des Habitants le Patio à Grenoble
Entretien : Gilles Bastin
Enregistrement, montage, transcription : Logan Charlot

Transcription de l’entretien

Comment êtes-vous arrivés sur le quartier de la Villeneuve ?

Jean-Claude Horquin : Alors qui c’est qui…

Nicole Horquin : Début des années 70 c’est toi, parce que nous…

Jean-Claude Horquin : Alors donc moi je suis arrivé en 72. Je venais d’une d’une autre région française. Je suis arrivé parce qu’il y avait l’expérience de la Villeneuve dont on parlait dans l’Éducation nationale, dans le milieu associatif et animation etc. donc je suis arrivé en 72 et j’ai pris tout de suite un poste comme animateur à la Maison de l’enfance des Bouleaux, on était une équipe 3-4 animateurs et faisions un travail d’animation en tiers temps pédagogique essentiellement. C’est-à-dire tous les après-midi et mercredis et éventuellement de temps en temps en petites vacances scolaires, ou alors on s’occupait avec les enseignants de tout ce qui était travaux manuels, approche de la nature, animation sportive etc. Et donc j’ai commencé mon boulot d’animateur à ce moment à la Villeneuve.

En utilisant l’audiovisuel ?

Jean-Claude Horquin : Alors en utilisant l’audiovisuel parce qu’ après des petites formations très simples avec l’équipe qui commençait à se mettre en place ici, on avait le libre accès à des magnétoscopes, à des gros engins là, lourds à transporter, difficiles de de manipulation, surtout pour les enfants. Après avec ces petites formations on pouvait filmer nos activités que ce soit un tournoi de football ou que ce soit par exemple une activité d’éveil à l’extérieur, ensuite on faisait un petit montage très simple et dans le mois ou dans le trimestre on diffusait ça aux parents d’élèves puisque il y avait une très grosse participation aussi des parents aux activités. Donc les parents participaient à toutes ces activités de tiers temps de façon spontanée, volontaire, on faisait une réunion par exemple pour regarder les films. Bon s’il y avait 60 ou 80 enfants dans l’école, tous les parents étaient là, et toutes origines, je dirais tout le monde venait participer, discuter etc. Et donc on faisait une petite formation aussi avec les enfants sur l’audiovisuel, et ça leur permettait d’élaborer, de faire des petits journaux à diffuser en fait, et par la suite lorsque la Vidéogazette s’est mis vraiment en place, à ce moment-là c’était diffusé sur le câble. Et ça nous permettait aussi de justifier, vis-à-vis du CEPASC qui était l’organisme gestionnaire, coordinateur de toutes les activités culturelles, de justifier notre existence en tant qu’animateur, de dire voilà l’utilité qu’on a de faire comme… Bon il y avait de conseil d’administration, il n’y avait pas d’assemblée générale, mais ça permettait tous les ans de faire un petit topo, un petit bilan de toutes les activités de l’année, donc c’était très intéressant.

Et pour vous ?

Patrick Di Meglio : Moi ça a dû être fin des années 60 , c’était avant 70, j’étais encore à l’école, j’étais encore au lycée, c’était un lycée d’imprimerie et j’avais pour professeur Honoré Parise qui m’avait évoqué la construction dans quelques années de la future Villeneuve et dans laquelle il y aurait un département audiovisuel. Et comme à l’époque j’étais très intéressé par tout ce qui était photographie d’abord, et arts graphiques, me mettre sur les rangs, rencontrer les personnes chargées… Mais pour moi ça me paraissait très loin néanmoins, et la Villeneuve n’existait pas, c’était encore un terrain vague et j’ai suivi au fur et à mesure, c’est les réunions préparatives et j’étais adopté par par Daniel Populus qui était déjà chargé, déjà présent sur le terrain au moment même où commençait les premiers coups de bulldozeurs, et donc oui à essuyer les plâtres, on suait le ciment parce que c’était beaucoup de… voilà. Enfin je suis arrivé pour défricher le terrain.

La rencontre avec Daniel Populus était pour faire tout de suite Vidéogazette ?

Patrick Di Meglio : Ça a été lors d’une réunion dans un batiment public où il y avait une trentaine de personnes invitées, pas invitées, présentes ce soir-là à ces réunions publiques où il a fait état de ce projet, et moi j’étais oui intéressé, on en a discuté après la réunion, il a souhaité me revoir et on a beaucoup parlé, parce que moi ça ne me paraissait pas très réaliste, je ne comprenais pas très bien le but d’une télévision locale, d’une télévision des appartements câblés, enfin je ne comprenais pas, techniquement je ne comprenais rien. C’est, et je crois que c’était encore flou même dans l’idée des promoteurs, donc c’est en déchiffrant qu’on a réussi à créer un cadre et s’y inscrire. Mais tout restait à faire.

Qu’est-ce qui vous intéressait dans ce projet si les aspects techniques et audiovisuels n’étaient pas centraux pour vous ?

Patrick Di Meglio : Pour moi ça ne correspondait à rien, c’est-à-dire qu’en effet, je ne veux pas parler d’utopie, parce qu’on a toujours parlé d’utopie et en fait l’utopie n’existait pas à cette époque, c’est aujourd’hui qu’on parle d’utopie quand on analyse quarante ans après ou trente ans après comment ça a évolué bien ou mal peu importe, mais c’était un projet innovant, c’était surtout ça qui était intéressant. C’était quelque chose qui n’existait pas donc aller vers ce qui était nouveau, et puis à l’époque, c’est pour ça que le mot utopie n’existait pas vraiment, c’était dans l’ère du temps, c’était naturel, c’était normal. Aujourd’hui ça parait impensable quand on se balade même dans la Villeneuve, dans les coursives de l’Arlequin, on ne comprend plus, il y a un décalage trop trop important, même pour l’éducation des enfants enfin tout ça à cette époque-là, c’était naturel. Oui le mélange des populations, le mélange des gens était dans l’ère du temps, était était normal, je ne sais pas si c’est spécifique à Grenoble qui était aussi une population particulière et un esprit particulier, tout était permis, tout était possible.

Quel rôle vous avez joué dans ce projet qui naissait ?

Patrick Di Meglio : Alors moi sortant d’école d’arts graphiques et d’imprimerie j’étais chargé de ce qu’on appelle l’habillage de ce qui ne s’appelait pas encore Vidéogazette d’ailleurs puisqu’on a cherché, et je crois qu’on s’était inspiré des télévisions communautaires canadiennes, québécoises, et d’ailleurs inspiration, des plagiats même parce que moi j’étais chargé de l’habillage de cette télévision en réalisant les logos, en concevant les affiches, les décors, les programmes télé, mais toujours dans l’optique de se dire on ne le fait pas seul, on le fait avec les habitants et ce sont eux qui vont apprendre à imprimer l’affiche, qui vont apprendre à la concevoir, on va choisir les typographies, c’était toujours faire participer les…

Jean-Claude Horquin : Sérigraphie, sérigraphie.

Patrick Di Meglio : La sérigraphie, mais faire une affiche en sérigraphie, ça veut dire comment faire même son cadre, faire le cadre de l’écran…

Jean-Claude Horquin : L’atelier menuiserie…

Patrick Di Meglio : …l’écran, trouver des spots pour insoler la toile, enfin c’était un travail de malade.

Et vous ?

Nicole Horquin : Moi j’étais stagiaire, je suis venue dans le cadre d’une formation enseignement spécial d’expression et d’animation qui était dirigé par Jean Delume à l’époque et qui était en fait les prémices de la maitrise des sciences et techniques de la communication, dirigée après par Bernard Miège. Donc dans le cadre de cette ESEA je suis venue je pense quelques mois ici, je n’ai pas l’impression d’avoir fait grand-chose, mais j’ai vécu comme dans une bulle, il y avait beaucoup de réunions, beaucoup d’échanges, c’était très très riche, foisonnant, beaucoup de gens qui venaient, qui s’exprimaient, je n’apportais pas le café, je ne faisais pas le café, je travaillais sur des bandes-son surtout. J’ai le souvenir de ça, puis je suivais beaucoup Patrick, on allait faire des émissions, des enregistrements image et son, même à l’extérieur de la Villeneuve, on n’était pas fermé sur la Villeneuve. Tiens je me souviens c’était Michel Rosset, un poète qui était serrurier, j’ai le souvenir de cette émission qu’on avait faite, on sortait et puis je pense que c’était diffusé localement ici mais…

Jean-Claude Horquin : On avait été à la Fête de l’Humanité, faire des bandes son à la Fête de l’Humanité, interviewer un peu sur justement le le les radios locales déjà, ça commençait un peu à, enfin les radios libres, bon ça commençait un peu à bouger, on est allé interviewer là-bas, on a fait une émission là-dessus aussi qu’on avait diffusé ici ensuite en radio.

Du coup vous étiez tous les trois des reporters de Vidéogazette ?

Ensemble : Oui.

Nicole Horquin : Oui. Mais je crois que c’était…

Patrick Di Meglio : C’était complémentaire.

Nicole Horquin : Oui tout le monde faisait tout, tout était possible. C’est vraiment cette notion de possible, tout le monde pouvait s’exprimer, tout le monde pouvait être motivé par quelque chose et le faire, il n’y avait pas d’interdit, il n’y avait pas de spécialisation.

Jean-Claude Horquin : Moi par exemple j’ai fait deux expos photo en utilisant le matériel, c’est pour ça que je parlais tout à l’heure du labo photo, du matériel ici, avec l’aide d’Honoré Parise, deux grandes expositions qui ont après été diffusées sur…

Jean-Claude Horquin & Nicole Horquin : Grand’Place.

Jean-Claude Horquin : Une sur le Front Populaire et une autre sur la Résistance dans l’Isère par exemple et c’est des expositions qui sont restées visibles, qui se sont baladées un peu, qui ont été faites avec l’aide de Vidéogazette, donc pas spécialisé uniquement en vidéo.

Nicole Horquin : Oui, l’esprit c’était vraiment les outils de communication, l’échange et que les habitants s’approprient ces techniques d’expression. C’était ça l’idée et je crois que quand ils se rencontraient dans les coursives, ils ne devaient pas se voir de la même façon.

D’où venait cet aspect-là ? De la conception du quartier, de la mairie, de Daniel Populus ?

Patrick Di Meglio : De l’architecture…

Nicole Horquin : Tout.

Patrick Di Meglio : Oui bien-sûr.

Nicole Horquin : Tout. Tout a joué.

Patrick Di Meglio : Et puis c’était le règne ou l’époque de la bidouille on ne s’interdisait rien, c’était tout et n’importe quoi et ça fonctionnait ou ça ne fonctionnait pas. Ce n’était pas très important, en effet il y avait cette ce mélange de population, même parfois ça nous posait problème mais c’est vrai que Daniel Populus était très actif et volontairement nous poussait à faire ces mélanges qui étaient passionnants d’ailleurs.

Jean-Claude Horquin : Oui et puis on pouvait lui proposer n’importe quoi. Par exemple auprès des enfants, même une expérience qui était vouée à l’échec ou je ne sais pas il disait : vas-y, voilà tiens t’as le matériel, débrouille-toi avec et on verra après, on fera le montage s’il faut. Puis des fois les choses qu’on faisait n’étaient pas bonnes, on les mettait à la poubelle ça ne valait rien. Et je pense aussi que ce qui était important c’était tout le côté enseignant qui travaillaient beaucoup, enfin qui ne comptaient pas leurs heures, ils n’étaient pas derrière. En plus l’enseignement était quand même aussi bidouillé, c’était un peu de tout et de n’importe quoi, mais c’était très ouvert, les écoles étaient ouvertes et avec le tiers temps ça a beaucoup contribué au brassage, à tout ce qui s’est passé dans la Villeneuve. Ils ont été la pierre angulaire, après avec faute de moyens à l’Éducation nationale ça s’est un peu estompé, puisqu’il n’y avait plus d’animation, il n’y avait plus de tiers temps pédagogique pratiquement, enfin dans les années… après moi je n’ai pas connu, mais c’est vrai que les enseignants on leur proposait quelque chose le soir ils venaient, ils descendaient de leur coursive, parce qu’ils étaient tous en logement de fonction ici, donc aussi ils prenaient l’ascenseur et ils venaient ici en réunion ou dans l’école etc.

Nicole Horquin : Mais je crois qu’au départ les gens qui sont venus, c’était le cas d’ailleurs de tes parents qui étaient enseignants ici, ceux qui sont venus en tant qu’enseignants c’était le de pouvoir faire autre chose.

Jean-Claude Horquin : C’est un choix, c’était volontaire.

Nicole Horquin : C’était volontaire. Ils ne sont pas venus là par hasard. Je dirais même nous, je veux dire quand on est venu là, c’est que ça répondait à un objectif qui nous motivait.

Et le fait que tout ça soit fait par des habitants du quartier, parce que vous y habitiez tous ?

Nicole Horquin : Non moi j’ai habité le 90 peu de temps, mais je peux pas dire…

Jean-Claude Horquin : Le 75.

Nicole Horquin : …que je me sentais habitante du quartier. Je n’étais pas habitante du quartier, je ne me sentais pas habitante du quartier.

Patrick Di Meglio : Il y avait de limite… Je me souviens des émissions que nous faisions dans l’Espace 600, les Agoras, à l’époque le modèle c’était Jacques Chancel le Grand Échiquier, donc on avait un thème peu importe, on commençait à tourner à vingt heures la salle était pleine…

Jean-Claude Horquin : Pleine de fumée.

Patrick Di Meglio : Pleine de fumée…

Jean-Claude Horquin : Je me souviens de ça.

Patrick Di Meglio : …et en régie il n’y avait quasiment pas d’ordre dans les casques pour les cadreurs et on tournait jusqu’à point d’heure. Tant qu’il y avait encore quelqu’un dans la salle on tournait. À minuit il y avait encore du monde, donc en régie ça tournait et on ne se donnait pas de limites de temps pour enregistrer une émission. Pour la monter, alors ça durait…

Nicole Horquin : Ça alors, c’était pas simple.

Patrick Di Meglio : …4-5, 5-6 heures, on mettait 5-6 heures ce n’était pas possible. Donc c’était rediffusé quasiment dans l’intégralité, donc c’était chiant au possible puisqu’il y avait très peu de moments qui étaient… Mais bon c’était Vidéogazette, c’est on tourne on tourne, il n’y a pas couper.

Qui choisissait les sujets des émissions ?

Patrick Di Meglio : C’était toujours cette histoire de réunion, on passait beaucoup de temps en réunion, des réunions, des réunions, des réunions et donc on ressortait mille thèmes lors de ces réunions.

Une question que l’on se pose est de savoir dans quelle mesure les habitants qui n’étaient pas militants ou intéressés professionnellement par l’expérience, ont vraiment été embarqués dans cette aventure ?

Patrick Di Meglio : Ça s’est fait simplement aussi. Parfois il suffisait que madame Rodriguez donne sa recette, veuille filmer sa recette de…

Jean-Claude Horquin : D’accras.

Patrick Di Meglio : …d’accras, et qu’on la diffuse, pour que…

Nicole Horquin : Ça fasse boule de neige.

Patrick Di Meglio : …que Yasmina donne sa recette de cornes de gazelle qu’on filme les cornes de gazelle et ça se faisait ainsi naturellement.

Jean-Claude Horquin : Il y avait les petites annonces aussi, de temps en temps je me souviens des réunions par montée par exemple, dans les coursives, parce qu’à l’époque il y avait les coursives où on pouvait se balader et les gens faisaient ce que maintenant on appelle la fête des voisins, et alors là-bas c’était spontané.

Patrick Di Meglio : La fête des voisins était ouverte et était quotidienne.

Jean-Claude Horquin : Quotidienne, alors il y avait ou [inaudible] au moins le weekend et il y avait des annonces qui étaient passées au Vidéogazette en disant venez tous au 40 il y a le couscous de machin, donc ça passait un peu comme ça aussi.

Nicole Horquin : Puis il y avait de la multiculture déjà.

Jean-Claude Horquin : Oui puis les logements, tous les logements et les montées aussi, tout le brassage de population existait réellement, c’est-à-dire qu’il y avait de l’accession à la propriété, il y avait des propriétaires et il y avait des locataires HLM dans la même montée avec les différences de niveau qui faisaient que les gens se trouvaient sur le même palier, et ça permettait aussi un brassage extraordinaire, multiculturel.

Patrick di Meglio vous étiez l’un des fondateurs de Vidéogazette, comment s’est passée la création ?

Patrick Di Meglio : Lorsqu’on est arrivé dans ces locaux qui n’existaient pas, je ne sais plus où on était installé en dehors de de la Villeneuve mais quotidiennement on venait voir l’évolution du chantier et puis lorsqu’on l’a réceptionné il n’y avait rien ni caméra ni vraiment de studio et tout a été fait au jour le jour pour inventer de toutes pièces. Les caméras à l’époque c’étaient encore des prototypes, la régie également, en montage bandes vidéos il fallait inventer des magnétoscopes qui soient compatibles enfin ça s’est vraiment fait au jour le jour et petit à petit on ne nous a pas livré un outil prêt à tourner, il a fallu le créer, on avait de l’espace et ensuite se l’approprier.

Comment avez-vous intéragi avec l’équipe sur l’aspect graphique ? Est-ce que vous aviez toute liberté ou est-ce qu’il y avait un projet aussi derrière ?

Patrick Di Meglio : Toute liberté oui. Mais une fois de plus en s’inspirant, sans copier, mais en s’inspirant de ce qui se faisait avec succès au Québec, à Montréal notamment qui était très actif, c’était une diffusion graphique très riche, c’était une diffusion de programmes, d’affiches quasiment quotidienne, enfin c’était très riche et il fallait communiquer de cette façon-là aussi. On faisait donc nos affiches, on allait les coller le soir sur les panneaux autorisés, tout était pris de A à Z, mais on s’inspirait quand même graphiquement de ce qui se faisait à l’époque, on était assez marqué par ce graphisme qui était quand même novateur aussi, québécois.

Et comment vous connaissiez ce cas québécois ?

Nicole Horquin : On y est allé.

Patrick Di Meglio : Hormis le fait de visiter pas mal de studios à Montréal puis à Québec, on récupère pas mal de de matière de chez les cousins.

Donc vous êtes allés là-bas avec Daniel Populus ?

Patrick Di Meglio : Oui. Oui on était invité par…

Nicole Horquin : Deux fois, il y a eu une session de voyage.

Quand on voit ces affiches, on a une réaction très forte, elles étaient un peu politiques, elles cassaient des codes.

Patrick Di Meglio : Comme elles étaient faites en interne, il fallait aussi inventer des moyens techniques pour les concevoir, c’est-à-dire que c’étaient des aplats de couleurs, donc qui dit aplat dit ensuite trouver le moyen de les imprimer. C’était la sérigraphie, essayer de venir à l’essentiel puisque c’est un aplat de couleur, et puis c’était aussi la fin des années Pop’art donc on était dans cette mouvance donc c’était là aussi quelque chose de naturel et un grand plaisir à imaginer.

Vous les faisiez seul ou les habitants contribuaient aussi un peu comme un atelier ?

Patrick Di Meglio : Oui, ça dépendait il y avait en effet soit un atelier graphisme où on réfléchissait, on avait des ciseaux, on bidouillait et on coupait, on réalisait ensemble. Soit parfois et une fois sur deux c’était moi qui les concevait, et on les réalisait ensuite à l’aide de soit de jeunes qui venaient avec nous des écoles, soit avec des habitants qui étaient intéressés par cet cet aspect graphique et de conception d’affiche.

Est-ce que vous gardez un souvenir de la fin de Vidéogazette en 1976 ?

Nicole Horquin : Moi non. Je n’ai pas… C’est toi qui l’a vraiment vécu la fin de… nous on était parti déjà.

Jean-Claude Horquin : Moi je suis, oui, en 76 j’étais parti pour prendre un poste dans l’agglo de Grenoble, mais bon non la Vidéogazette en tant que tel, non. Après si, je suis revenu parce que j’ai fait d’autres expos photo, donc je suis revenu mais pour l’utilisation j’allais dire en tant que consommateur de l’atelier photo en fait, mais pas en tant que participant militant à l’expérience.

Patrick Di Meglio : Moi je crois que j’étais épuisé [rires].

Nicole Horquin : T’étais épuisé.

Patrick Di Meglio : J’étais épuisé au bout de deux ans et bon j’ai accueilli ça, j’ai accueilli la fin de Vidéogazette évidemment avec beaucoup de peine et d’amertume quand même parce que c’était une expérience qui n’était pas arrivée jusqu’à son terme, néanmoins rebondir sur une vie professionnelle dans la presse, notamment, était un peu plus sereine, c’était un peu plus confortable, donc j’ai ce sentiment, que c’était…

Vous parliez tout à l’heure de l’avis de décès de Vidéogazette.

Patrick Di Meglio : Non, je ne peux plus parce que je n’ai plus en mémoire. Je sais que ça a été une conception bien précise un faire-part de décès original mais je ne me souviens plus de l’originalité, je ne me souviens plus du tout lieu parisien où nous avions rencontré les journalistes à qui on avait… non je ne me souviens plus.

Comment définir cette période-là, est-ce que ce sont des mots comme militants, pionniers qui doivent rester ?

Nicole Horquin : Moi c’était plus l’aspect pionnier. Ensuite comme par hasard, y’avait-il un lien sans doute, je travaillais pour la mission câble, la mission interministérielle du développement pour le câble, et donc je pense qu’il y avait quand même des racines là. Pionniers, plus que militants, c’était tellement naturel pour nous.

Patrick Di Meglio : Oui c’était lié je pense aussi, je pense qu’on était pionnier mais militant pour être pionnier.

Nicole Horquin : Oui peut-être.

Jean-Claude Horquin : De mon côté c’était l’éducation vraiment active en fait. J’avais un projet d’éducation entre guillemets, pré projet pédagogique, mais ç’a été le déclencheur de ce que j’ai fait après, ma vocation de directeur d’équipement. J’essayais de mettre en pratique ces espèces d’acquis qui étaient informelles, ça faisait un peu comme je disais tout l’heure, un peu tout et n’importe quoi au niveau de l’éducatif. Je crois que tout à l’heure on en discutait, je dis par l’exemple qu’on faisait des réunions pour savoir s’il fallait siffler pour arbitrer un match de foot par exemple [rires], et on faisait de l’auto arbitrage, on disait aux gamins vous allez vous auto arbitrer. Et on ne faisait pas des équipes de onze contre onze au foot, parce qu’il fallait que tout le monde joue, alors tous les âges, c’était vingt contre vingt voilà. Et puis alors je me souviens parce que c’était juste devant le 40, il y avait des terrains vagues, on avait mis des poteaux comme ça et puis la mairie nous avait mis à disposition comme vestiaire des wagons de chemin de fer réformés et on se changeait, on ne se changeait pas, enfin on faisait semblant [rires], donc c’était formidable. Alors on faisait des grandes réunions entre trente animateurs pour savoir s’il fallait arbitrer, s’il fallait faire un un challenge entre les différentes écoles, mais il ne fallait pas parce que sinon c’était la compétition, il ne fallait pas faire de compétition. Donc c’était une expérience assez amusante, après on en tire des enseignements, c’est assez marrant. Mais quand on commençait une partie de billes il ne fallait pas l’arrêter dans la classe tu vois [rires], alors c’était le terrain pédagogique, on jouait aux billes, mais l’instituteur arrivait par exemple il ne fallait pas arrêter la partie de billes parce que…

Nicole Horquin : C’était éducatif.

Jean-Claude Horquin : …c’était éducatif, c’était le jeu. Alors ça durait les gamins, ils duraient jusqu’à quatre heures, cinq heures de l’après-midi, ils jouaient aux billes [rires]. C’est une caricature.

Patrick Di Meglio : Non moi ce n’était pas très militant quand même, c’était le côté pionnier. Militant c’est un mot… J’étais le seul de l’équipe à ne pas être vraiment…

Nicole Horquin : Politique.

Patrick Di Meglio : …oui politique.

Nicole Horquin : Oui moi c’est pareil.

Patrick Di Meglio : C’était gonflant, c’était on se regardait le nombril dans les réunions, c’était interminable. Moi c’était vraiment le côté pionnier de cette aventure qui me motivait à Vidéogazette.

Est-ce qu’il y a eu un impact sur la suite de votre parcours après 1976 ?

Patrick Di Meglio : L’après Vidéogazette je suis… Alors mon orientation professionnelle fut plus presse, où là j’ai intégré l’équipe d’information de la municipalité et pour m’occuper des journaux et des affiches, des postes types de la communication de la ville de Grenoble.

Nicole Horquin : Oui moi aussi finalement pour Échirolles, j’ai fait ça, au journal municipal.

Même avec le recul, 40 ans plus tard, cela a été formateur dans votre parcours ?

Patrick Di Meglio : De toute façon oui, toucher à l’ensemble des médias que sont la radio…

Jean-Claude Horquin : Surtout qu’on avait quoi ? 25 ans, 24 ans.

Patrick Di Meglio : …la radio, la télé bien-sûr c’est riche oui. D’autant qu’on a eu aussi pas mal d’autres formateurs.

Jean-Claude Horquin : 23 ans.

Patrick Di Meglio : Je crois qu’il y a eu Michel Polac qui est venu. Quel autre réalisateur je ne sais plus là, le nom m’échappe.

Nicole Horquin : Oui il y avait des gens de l’extérieur.

Patrick Di Meglio : Des gens de l’éxtérieur.

Jean-Claude Horquin : Et Godard est intervenu.

Patrick Di Meglio : Godard…

Jean-Claude Horquin : Pas trop ?

Patrick Di Meglio : Pas trop non.

Quand vous pensez à cette période quels sont vos meilleurs souvenirs ?

Nicole Horquin : Moi d’abord j’ai l’impression que ce stage que j’ai fait, qui n’a quand même pas dû durer des mois et des mois, j’ai l’impression que ça a duré longtemps, comme si j’avais vécu beaucoup de choses intenses.

Patrick Di Meglio : Oui c’est ce que je disais tout à l’heure, moi ça m’a paru dans la durée une vie professionnelle alors qu’en fait ça a été…

Jean-Claude Horquin : Ça a marqué quand même.

Patrick Di Meglio : Mais ç’a n’était pas que professionnel aussi c’était une ambiance…

Jean-Claude Horquin : Professionnel oui.

Patrick Di Meglio : …entre les gens de l’équipe qui était très forte, je ne dis pas que c’était une une vie communautaire mais il y avait aussi un vieil esprit 68 qui a encore laissé quelques traces.
Nicole Horquin : Tout à fait. C’était un creuset de partage, d’échanges, ça bouillonnait quand même.

Jean-Claude Horquin : Oui puis par exemple avec les enfants, je me souviens très bien de la joie des gamins de filmer, de se voir, de montrer à leurs parents ce qu’ils ont fait, de dire tiens hier je suis passé à la télé est-ce que t’as regardé à leurs potes, et de participer au montage. Je me souviens qu’ils couraient dans la coursive quand on venait ici pour faire du montage ou faire du film et là il n’y avait pas besoin de…

Nicole Horquin : De les motiver.

Jean-Claude Horquin : …de signal de départ c’était « vloop » et c’était vraiment la joie, la joie de l’activité, il n’y avait pas de contraintes pour eux. C’est vrai que maintenant c’est la même chose avec les téléphones portables peut-être mais bon.

Nicole Horquin : Non ce n’est pas pareil.

Jean-Claude Horquin : C’est vrai qu’à l’époque, il y avait cette activité-là et il y avait aussi une autre activité, c’était le démontage de carburateur de mobylettes, ça c’était avec les plus vieux [rires] qui les passionnait.

Certaines personnes nous disent que les gamins de la Villeneuve ont fait carrière dans la communication. Au lycée Mounier ils étaient tous délégués parce qu’ils avaient l’habitude de s’exprimer.

Patrick Di Meglio : Et la télévision était en en noir et blanc, faut pas oublier en plus, c’est que la couleur n’existait pas.

Nicole Horquin : C’est vrai en plus, c’est vrai que c’était du noir et blanc.

Patrick Di Meglio : Là avec le recul on se dit mais c’est de folie furieuse quand même.

Mais il y avait de couleurs sur les affiches.

Patrick Di Meglio : Il y avait de la couleur sur les affiches c’est vrai, heureusement.

Est-ce qu’il y a des choses dont vous souhaitez parler ?

Nicole Horquin : Moi j’ai une petite pensée pour Guy Diard. Parce qu’il était d’une patience, puis il était toujours là je ne sais pas quand est-ce qu’il dormait ce garçon, il était toujours là, et il y en avait des problèmes techniques.

Patrick Di Meglio : Il n’y avait que ça, il fallait…

Nicole Horquin : Il n’y avait que ça.

Patrick Di Meglio : Et je ne sais pas, moi je vois quelqu’un qui avait en effet son fer à souder en permanence.

Nicole Horquin : Ah oui tout le temps.

Patrick Di Meglio : Il y avait toujours un câble qui était… une caméra ouverte, il y avait toujours une…

Jean-Claude Horquin : Une lampe qui a pété.

Nicole Horquin : Oui.

Patrick Di Meglio : Ça c’est…

Nicole Horquin : C’était un aspect du groupe qui était important l’aspect technique, parce que sans eux… Il y avait Jean Leclerc aussi et il fallait qu’ils soient là.

Parce que c’était du matériel expérimental ?

Jean-Claude Horquin : Pionnier.

Patrick Di Meglio : Expérimental…

Nicole Horquin : Expérimental.

Patrick Di Meglio : …fragile et puis ils étaient là, nous étions là parce que on ne comptait pas nos heures aussi.

Nicole Horquin : Puis que tout le monde utilisait, donc forcément c’était un matériel qui était quand même sollicité.

Jean-Claude Horquin : Oui puisqu’il y avait des enfants qui se servaient des caméras de la même façon que…

Patrick Di Meglio : Et quelques fois on est parti en interview avec les batteries à plat ou pas suffisamment chargées et au bout de dix minutes, on ne pouvait plus tourner, on ne pouvait plus enregistrer…

Jean-Claude Horquin : Ou avec le le magnéto, enfin la bobine qui se déroulait dans le…

Nicole Horquin : Dans le vide.

Jean-Claude Horquin : …dans le caisson, alors après c’était « l’embrialimini » pour démêler tout ça. Mais personne ne criait après quand on arrivait avec le truc, il n’y en avait pas un qui disait : oh là là, bon bah écoute débrouille-toi.

Nicole Horquin : C’est vrai qu’il n’y avait pas de division des tâches, en tout cas ça n’apparaissait pas comme ça, on était tous tributaire des uns des autres. Aujourd’hui ça ne serait plus possible. Et moi j’ai vu Jean Leclerc avec un casque sur la tête, faire des choses et tout était imbriqué, on avait des relations en groupe qui étaient très très complètes.

Quel souvenir vous gardez du montage ? Parce que tout le monde nous dit que c’était très laborieux.

Nicole Horquin : C’était rudimentaire. Je me souviens du montage son on avait deux… puis même la vidéo c’était bricolage [rires]. Mais bon c’était comme ça tout simplement.

Est-ce qu’il y a d’autres choses qui vous viennent à l’idée ?

Patrick Di Meglio : Ce qui est difficile c’est justement remonter dans ses souvenirs et c’est quand on sortira de la Villeneuve qu’on dira : c’est de ça dont il fallait parler, c’est ça qu’on a oublié, tiens ça me revient… C’est très difficile de remonter dans ses souvenirs.

Quelle est votre perception de l’évolution de la télévision par rapport au fait que vous avez essayé de faire une télévision différente ?

Patrick Di Meglio : Il y a quelque chose qui existait à l’époque qui n’existe plus aujourd’hui, c’est prendre le temps. Quelqu’un qui voulait s’exprimer n’avait pas en face de lui un pseudo journaliste qui allait lui couper la parole…

Jean-Claude Horquin : Un spécialiste.

Patrick Di Meglio : …en permanence…

Patrick Di Meglio : …ou un spécialiste qui allait qui venait lui poser une question mais qui n’attendait pas la réponse, ou qui n’écoutait pas la réponse.

Jean-Claude Horquin : Ou qui répondait à sa place.

Patrick Di Meglio : Ça c’était Vidéogazette, on prenait le temps, on prenait trop de temps d’ailleurs mais on prenait le temps d’écouter quelqu’un qui avait quelque chose à dire, et ça, ça n’existe plus aujourd’hui en audiovisuel.

Et vous aviez réfléchi à cela ? C’était le projet ?

Patrick Di Meglio : Donner la parole oui, et ne pas la couper en tous les cas. Donner la parole à tout le monde, aux enfants, aux vieux, aux jeunes, tout le monde pouvait s’exprimer, tout le monde avait quelque chose à dire, plus ou moins intéressant mais pouvait pouvait le dire, et on laissait le temps de s’exprimer, ce qui aujourd’hui, aucune chaine ne prend ce temps, aucune radio ne prend ce temps.

Jean-Claude Horquin : Oui, il y avait l’utilisation aussi dans les écoles de la vidéo pour les projets pédagogiques des enseignants, puis les enseignants s’en servaient aussi comme matériel éducatif. Alors il y avait les deux aspects, il y avait l’aspect technique de formation des enfants à l’audiovisuel, mais aussi le visionnage d’éléments pédagogiques, didactiques.

Nicole Horquin : Je crois qu’on était plus dans l’esprit de donner la parole et d’utiliser ces techniques de communication que de faire une autre télévision, je crois que l’objectif ce n’était pas d’inventer une télévision mais d’utiliser cet outil comme comme moyen…

Jean-Claude Horquin : Et puis à l’époque il n’y avait pas de grandes thèses sur la télévision non plus. La télévision la il commençait à y avoir deux chaines ou trois chaines, je crois, je ne sais pas si je me trompe, à l’époque la couleur venait juste d’arriver je crois, 70, un truc comme ça. Et je ne sais pas s’il y avait déjà des grandes thèses, des grands documents, enfin des grandes réflexions sur la télévision, l’image, la sémiologie de l’image, si c’était vraiment bien pensé. Peut-être sur le cinéma plus mais sur la télévision un peu moins, donc c’était une brèche qui s’ouvrait en fait.

Les personnes qui travaillaient à l’époque sur les médias, comme Bernard Miège, étaient dubitatifs.

Nicole Horquin : Mais ce n’était pas tellement plus tard, parce que moi après cette formation d’enseignement spécial d’expression et d’animation, j’ai fait la maitrise, c’était la première promo, donc c’était en 74-75, Puisque moi j’ai eu ma maitrise en 76.

Jean-Claude Horquin : Moi j’ai fait j’ai la maitrise en 75, aussi avec Miège.

Nicole Horquin : Donc c’était consécutif.

Est-ce que Bernard Miège parlait de Vidéogazette à cette époque ?

Nicole Horquin : Je n’en ai pas le souvenir.

Jean-Claude Horquin : Parler de Vidéogazette…

Nicole Horquin : Du Vidéogazette…

Jean-Claude Horquin : Non.

Nicole Horquin : Il le connaissait bien-sûr mais je ne sais s’ils avaient des liens avec Populus, là je pense qu’au niveau politique il devait y avoir des fois des divergences-là, parce que Bernard Miège était très marqué quand même…

Jean-Claude Horquin : Oui il y avait Jean Caune qui était…

Nicole Horquin : Il y avait Jean Caune qui faisait le lien, qui a ensuite été enseignant à la maitrise.

Patrick Di Meglio : Il me revient un exemple, enfin qui n’a plus rien à voir, mais où un enfant venait en disant je voudrais filmer ma grand-mère en plan fixe pour qu’elle me raconte comment elle a vécu la guerre, elle a fait de la résistance, je voudrais qu’elle me raconte, et donc le gamin partait avec sa caméra, il filmait sa grand-mère qui allait lui parler pendant le temps d’une bande de ses souvenirs de résistante. Ça c’était Vidéogazette.

Et vous le diffusiez ensuite ?

Patrick Di Meglio : Et c’était diffusé ensuite bien-sûr. Et ça rebondissait avec d’autres témoignages, également d’autres d’autres papis, d’autres mamies avaient envie de donner aussi quelques exemples de ce qu’ils avaient vécu pendant la résistance dans le Vercors.

Et pendant le montage vous ne faisiez pas de raccords ?

Patrick Di Meglio : Non, il n’y avait pas du tout de retouches, là c’était un plan fixe qui était passionnant.

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