Entretien avec Christian Bailly

Description

Entretien avec Christian Bailly.

Date : 8 décembre 2015
Lieu : Studio Guy Diard à la Maison des Habitants le Patio à Grenoble
Entretien : Gilles Bastin
Enregistrement, montage, transcription : Logan Charlot

Transcription de l’entretien

Comment êtes-vous arrivé dans le quartier de la Villeneuve ?

L’arrivé dans le quartier Villeneuve. J’habitais Grenoble, c’est un quartier où je venais voir des amis, mais je ne connaissais absolument pas, je ne m’étais même pas rendu compte qu’il y avait une télé, qu’il y avait des animations, des animateurs, des équipes. C’était quelque chose qui m’était totalement étranger. Et puis un jour j’étais chez des amis ailleurs à Grenoble et il y avait aussi Honoré Parise. Et on engage la conversation et il me dit : toi qui es technicien dans la télévision, il y a un poste qui s’ouvre à Vidéogazette. Si tu veux tu postules. J’ai postulé, j’ai été pris. Alors je me retrouve ici en découvrant effectivement qu’il y avait eu une télévision. Je suis arrivé en en octobre 76, et là je découvre au fur et à mesure que la Vidéogazette s’est arrêtée en juin 76. Moi j’arrive trois trois mois après. Pourquoi j’arrive là ? Tout simplement parce qu’il y avait eu un retard à l’allumage au niveau de l’Institut nationale de la recherche pédagogique qui devait mettre à disposition un technicien audiovisuel et qui ne l’avait pas encore fait. Les retards administratifs ont fait qu’en octobre le poste s’ouvrait et j’ai été intégré au Centre Audio-Visuel qui lui continuait d’exister. Voilà grosso modo comment je suis arrivé ici. Ne sachant pas si j’y restais 6 mois, 1 an, 10 ans, 20 ans, 30 ans. Finalement j’y suis resté 35 ans.

Quel était l’atmosphère ici dans ces studios alors que le projet Vidéogazette venait de s’arrêter ?

Alors il restait l’équipe d’enseignants dont Jean Miguet et Honoré Paris, plus un enseignant du collège qui était détaché pour faire de l’audiovisuel. Et donc c’était une véritable ruche, c’est-à-dire que le travail c’était former les élèves, de primaire et du collège, 6ème, 5ème, les former à l’audiovisuel. On les prenait une semaine par an, une semaine chaque classe, et… on leur faisait de la formation, pour qu’ils décryptent les images et surtout le crédo c’était on apprend en faisant. À l’issue de la formation il y avait un petit film qui était fait et je pense qu’on en trouve pas mal dans les bandes de l’époque.

Vous n’êtes venu que sur le projet d’éducation ?

C’était entièrement l’éducation. Finalement moi j’étais payé par l’Institut national de la recherche pédagogique et le travail c’était ça. Moi j’ai trouvé une équipe qui fonctionnait dans un secteur bien précis qui est l’éducation à l’image et je me suis intégré à ça très facilement.

Quelle image vous vous faisiez du Vidéogazette en discutant avec les personnes qui étaient présentes ?

L’équipe avait disparu complètement. Je veux dire, à part peut-être Denis Réquillart qui était journaliste et qui était passé à l’information municipale. Et puis le technicien de l’époque Guy Diard qui était resté, son poste était municipal et il était resté là pour entretenir le matériel, c’était sa mission. Donc ça tombait bien puisqu’il en fallait quand même des gens qui réparent et qui entretiennent, qui passent les commandes. Mais les autres, le graphiste je ne l’ai jamais rencontré, les journalistes, Populus je ne l’ai jamais rencontré, enfin tous ces gens-là ils sont partis ailleurs, à l’information municipale ou partis de la région je ne sais pas. Mais c’est comme si ça n’avait jamais existé. C’est un peu le sentiment que j’ai eu au départ, alors je me suis mis à regarder des bandes de temps en temps et j’étais très critique ça je reconnais, sur ce qui a été fait. J’avais l’impression de voir une copie conforme des émissions de télé, mais en fait j’ai très vite changé de critique parce que ce qui changeait c’était les gens qui étaient invités. La forme était peut-être la même mais le contenu et les gens invités là vraiment c’était différent, donc je dis heureusement que ça a existé comme ça.

Comme les émissions Agora par exemple ?

Effectivement les émissions Agora, les invités ça allait de la classe verte qui était partie, à des relations, à des interviews de grévistes dans les usines de Grenoble ou bien à des luttes fameuses sur la Colline verte pour empêcher les industriels de la creuser et d’en faire une carrière. Donc ça été des grands moments, je parle pas évidemment du plateau du Peuil, là aussi c’était presque un appel à l’insurrection ce que véhiculait le film fait par Vidéogazette. Donc effectivement le fond c’était intéressant. Il y a eu évidemment aussi c’étaient les années, toute la lutte pour l’avortement. C’est quelque chose aussi qui a été porté médiatiquement par la Vidéogazette, parce qu’il y avait une très grande proximité avec la Maison médicale, donc les informations passaient et les défenses aussi et il y a eu aussi la campagne sur le cancer du sein, je dois pas me tromper en disant que c’était la première fois que c’était à la télévision. Je pense pas, je ne sais pas si les chaines nationales faisaient des clips là-dessus, des avancées là-dessus, il faudrait vérifier mais moi ça m’a semblé très moderne, très dans le temps, enfin je veux dire il y avait des choses qui se passaient et ils en parlaient.

Est-ce que les habitants du quartier étaient en demande que cela continue vis-à-vis du CAV ? Ou c’était comme si cela n’avait pas existé ?

Très vite il y a des gens qui sont arrivés : mais alors est-ce qu’on peut encore faire des films ? Et là on était un peu désemparé, c’est-à-dire qu’on disait mais non c’est plus possible, c’est plus possible, ça a changé. Alors on expliquait pourquoi, oui l’État avait dit que l’expérience devait s’arrêter donc on enlève le financement qu’on donne et la Mairie a dit la même chose voilà, puisque l’État donne pas nous on donne pas. Ce qui reste c’est pour l’Éducation nationale et puis point c’est tout.

Est-ce qu’il y a eu des projets de relancer une télévision de quartier, hors Éducation Nationale après 1976 ?

Oui, c’est arrivé beaucoup plus tard, il y a eu toute la démarche autour du câble. C’est-à-dire tout d’un coup la télé ça devait passer par le câble. Le plan câble des années 80, 84, 85, 86 enfin ces années-là. Et la Villeneuve était câblée. La Villeneuve était câblée, nous si on voulait on pouvait envoyer des images sur toute la Villeneuve. Ça a été arrêté parce que justement le câble devait prendre sa place. Donc la SADI, la Société d’aménagement a récupéré l’infrastructure, les [inaudible] étaient arrêtées et donc ils ont pris en charge la distribution des images de télé dans un local au-dessus de la Maison médicale. Ils ont essayé, à cette époque-là de faire une rediffusion des images un peu le système de replay de diffusion différée qui existe maintenant. Ils choisissaient des émissions, ils les copiaient, puis ils les rebalançaient à certains moments sur le canal local, pour utiliser le canal local. On a quand même, c’était plus ou moins légal, on a quand même fait deux expériences de télé sur le câble. On a fait une semaine, je crois que c’est en 83, on a fait une semaine de diffusion sur le câble sur l’éducation. Sur l’éducation d’une manière générale et notamment tout ce qui passait dans les écoles de Villeneuve. Donc il y a une semaine de une heure par jour, c’était une heure et demi par jour qu’on rediffusait plusieurs fois et là les images sont stockés ici. Et puis une deuxième expérience beaucoup plus tard, je dirais 86, je ne suis pas sûr des dates, et c’était avec la Maison du cinéma, qui était dirigé par par Jean-Pierre Bailly qui a voulu faire une semaine de production de télé locale et ça a été fait ici avec nous et il s’agissait de deux heures de petites productions, le matin de 8h à 10h, donc télé du matin, c’était illustré par une affiche avec un une tasse de café et un croissant. Et je crois que c’était la première télé du matin qui a existé en France, ça a duré une semaine. Voilà les deux seules choses filmées qui ont été faites en télévision à destination des téléspectateurs.

Il y a eu Canal 5. On parlait d’émission avec Léon Zitrone, de plusieurs expériences

Canal 5 ça c’était une initiative privée d’une société de production et qui a fait ça à… je crois que c’était à Alpexpo, enfin ailleurs qu’ici, et qui ne concernait pas la télé de quartier, c’était diffusé de manière hertzienne, donc oui c’était une télévision passagère locale, mais qui a été éphémère. Je me souviens plus combien de temps ça a duré, peut-être une semaine, quelque chose comme ça.

Vous disiez regarder ces bandes de Vidéogazette. Est-ce que d’autres personnes se sont intéressées à les regarder dans les années qui ont suivi ?

Non. J’étais le seul à les regarder de temps en temps, quand j’avais un peu temps. Je me dis tiens je vais regarder ça. Il m’est pas venu à l’idée de les copier tout de suite, c’est parce que les appareils marchaient bien, parce que les bandes ne vieillissaient pas. Mais à partir des années 80, enfin le début des années 80, je me suis aperçu qu’effectivement il y avait un problème qui existait. Alors je me suis renseigné, j’ai appris qu’à la télévision, ils utilisaient les mêmes bandes, ils avaient les mêmes problèmes. Je me suis dit bon ça va, ce n’est pas parce que c’est mal stocké ici ou qu’on a fait n’importe quoi, c’est un problème de technique, ces bandes-là n’étaient pas faites pour vieillir. Et j’avais parfois des demandes d’habitants qui venaient nous dire : oh j’ai fait une classe verte, j’ai fait ci j’ai fait ça, est-ce que vous avez des traces. Je disais bah oui il y a peut-être des traces, mais on a pas le temps de s’en occuper, on ne peut pas. Ça c’est resté dans les cartons, mais jusqu’à l’année dernière quand j’étais encore là, il y avait encore des gens qui me demandaient. Il y a des choses qu’on peut, qui sont visibles et d’autres qui ne le sont pas. Mais ce qu’ils demandaient n’était pas forcément visible.

Il y a eu des projets de numérisation à ce moment-là ?

Je me souviens qu’en 83, on avait fait une demande de subvention, on avait présenté un projet pour justement demander en urgence, déjà l’urgence de bandes qui ne se lisaient plus, on avait fait un projet de demande pour numériser ces bandes, on l’avait fait auprès de l’Ina qui a refusé parce que ça coutait cher, et puis politiquement c’était plus le moment de parler de cette expérience. 83 c’est terrible mais il y a eu changement politique qui a fait que parler du passé c’était fini. Et c’est jamais revenu, jusqu’à ces dernières années.

Et ce changement politique s’est ressenti dans les activités du Centre AudioVisuel ?

Oui ça s’est senti mais c’était quelque chose qui était déjà en germe avant. Parce que ça coutait un certain prix de garder une équipe ici. Alors les postes Éducation nationale étaient Éducation nationale, donc ça rentrait pas en ligne de compte, enfin si d’une certaine manière, mais je veux dire que pour la Mairie, ça ne coutait rien, et ça lui permettait d’avoir un outil sur le quartier qui fonctionnait bien. Le reste c’était quand même une subvention pour les locaux bien-sûr et puis une subvention pour payer un technicien, un magasinier et quelques [inaudible] par là puis une subvention de fonctionnement pour acheter le matériel et tout ça. Tout ça c’était quand même assez important et le matériel à l’époque coutait très cher. Maintenant un ordinateur ça ne vaut rien pour faire du montage mais à l’époque un banc de montage, on parle en francs, c’était 150 000 à 200 000 francs donc très cher. Et on a fini par nous dire, on est venu un peu à cette idée-là à se dire mais oui travailler pour l’Éducation nationale c’est bien mais ça n’apporte rien, est-ce qu’on ne pourrait pas intervenir pour des associations et puis faire payer nos services. Ça c’est quelque chose qui est monté en charge progressivement à signer des stages pour le public, c’est monté en charge de plus en plus au fur et à mesure des années. Actuellement, je n’ai pas les chiffres, mais s’il n’y avait pas les rentrées d’argent sur les projets, sur les actions, ça ne fonctionnerait pas quoi. Alors que pendant des années on a fonctionné sans faire payer nos services.

Comment est arrivée l’idée de confier ces bandes aux Archives départementales de l’Isère ?

À un moment donné il fallait rénover la Maison de quartier, les toits étaient percés de partout, ça pleuvait donc il y a eu un gros chantier et pour que ce chantier se réalise il fallait qu’on déménage. Donc pendant deux ans on a été hébergé sur la zone des peupliers et on s’est dit à moment-là et bien ces bandes si on les déménage là-bas dans des conditions chaud-froid, poussière ça ne va pas les rajeunir et c’est là qu’on a imaginé de les confier aux Archives départementales. On a fait une convention qui a été malheureusement perdue et les bandes sont arrivées là-bas. Voilà grosso modo comment ça s’est passé.

Vous avez continué à vous occuper de ce patrimoine ?

Moi j’ai continué mon action sur ce patrimoine-là, il y était plus mais ce que je continuais à faire c’est de faire en sorte que le matériel ne soit pas jeté à la poubelle de façon à ce que si un jour on pouvait exploiter ces bandes et bien il y a le matériel pour le faire donc le matériel est resté. Bon il n’a pas servi mais il existe toujours c’est c’est assez important mais ça ne suffit pas bien-sûr. Mais effectivement le travail que j’ai fait après là-dessus ça a été de faire des copies des fiches, des choses comme ça mais sans plus.

Et aussi de répondre à des demandes de personnes qui souhaitaient y accéder ?

Oui pour celles que j’avais sauvegardées, parce que j’en avais sauvegardé quelques-unes que j’avais copiées en SVHS ou en U-Matic celles-là et puis… Donc celles-là je pouvais les montrer, je pouvais dire ah oui ça… Donc ça a été montré, il y a eu des choses qui ont été montrées, notamment ce qui a été le plus montré c’est le cirque par exemple, les jeunes du quartier ont monté un cirque et sont partis faire des représentations dans le Sud de la France, ça a été quelque chose qui a été filmé et utilisé.

Quel regard vous portez, 40 ans après, sur cette expérience de télévision ?

Le regard, c’est que je pense que c’est dommage que ça n’a été qu’une expérience. Il faut savoir que ça n’a été qu’une expérience dans la mesure où effectivement il y a eu une dérogation du monopole de l’ORTF pour qu’elle puisse exister. Donc l’expérience en 76… Il faut attendre 81 pour que le monopole ne soit plus d’actualité et qu’à ce moment-là les expériences ne peuvent plus se monter. Malheureusement le côté éducation populaire n’a jamais été pris en compte ensuite dans les expériences qu’il y a eu du moins à ce niveau-là. Parce que dans les quartiers pareils, l’investissement qu’il y a eu c’était important ce n’était pas bricolé avec des bouts de ficelle ça n’a jamais été repris avec cette dimension-là et c’est bien dommage. Léducation à l’image ne s’est pas généralisée dans nos systèmes éducatifs. Ça moi je le regrette hein. Alors bien-sûr maintenant l’image est partout. Utilisée un peu n’importe comment par tout le monde, des fois bien, des fois mal, enfin dans tous les sens. Mais ce qui manque toujours c’est ce qu’on essayait de mettre en place c’est-à-dire un esprit critique qui fasse que même devant l’abondance on puisse avoir un jugement. Là ce n’est pas le cas effectivement.

Plusieurs personnes qui ont travaillé avec les enfants nous ont dit que cet usage audiovisuel avait été une école pour beaucoup de gamins du quartier.

Ah oui, il y a eu pendant des années, les quarantenaires actuels en parlent encore, ça parait incroyable mais enfin moi je me souviens très bien de ce que j’ai fait quand j’avais dix ans donc ça ne m’étonne pas. Mais ça reste vraiment quelque… malgré que ça ait changé au niveau des images, de la profusion d’images, des images de partout, malgré que ça ait changé ils ont un regard sur cette période-là qui est effectivement lié à cette expérience, d’avoir touché une caméra, de l’avoir fait à un moment où c’était exceptionnel, exceptionnel.

Il y a un paradoxe. On avait réussi à la faire à un moment où le matériel était lourd et compliqué, et on ne peut plus le faire aujourd’hui, alors que c’est plus simple à utiliser.

Si on mettait autant d’argent, la quantité… si cet argent-là on le mettait actuellement, mais il y aurait quatre centres audiovisuels, il y en aurait dans toute la ville. C’est comme ça qu’il faut voir la situation.

Est-ce qu’il y a des éléments que vous voulez ajouter ?

Sur la Vidéogazette non, parce que je peux pas parler de comment ça fonctionnait avant, enfin quand ça fonctionnait c’est-à-dire que je n’y étais pas et je m’en voudrais de dire quelque chose. Mais si quand même, c’est quelque chose qui m’avait beaucoup marqué à l’époque c’est que j’arrive ici et puis un jour j’ai quelqu’un qui me dit : est-ce que je peux visionner les bandes ? Bah je lui dis oui pourquoi pas. Il me dit : parce que je fais une thèse et j’ai besoin de… J’avais complètement oublié ça, je m’en suis rappelé ces derniers temps. Alors j’en discute avec Guy Diard qui me dit : ah ben non non non la Mairie, l’État dit je n’ai pas d’argent, la Vidéogazette est arrêtée, et ben elle est arrêtée et non, on ne répond pas à cette demande. Ah ça m’avait surpris, bon c’était une démarche syndicale voilà on nous brime là, ça ne marche plus. Et donc le gars avait insisté, je le revois encore là, ça se passait là, et il avait fini par partir écœuré qu’il ait pas pu visionner la bande qu’il lui fallait pour pouvoir faire sa thèse et donc c’est cette fameuse thèse, enfin je pense parce que j’en connais pas d’autres, que vous avez, je pense que c’est lui, il faudrait que je le rencontre pour causer avec lui. Voilà un peu l’état d’esprit qu’il y avait à cette époque-là, un peu revendicatif et sans tenir compte d’autres choses, c’est-à-dire que ça aurait pu être profitons-en, reparlons de ça et essayons de remobiliser des politiques là-dessus de façon à redémarrer quelque chose. Non ça a été un peu l’éteignoir.

Est-ce que c’était lié au sentiment que ceux qui ont fait Vidéogazette fabriquaient de la relation sociale, mais ils n’étaient pas là pour archiver des images ?

Oui oui tout à fait. Pendant des années j’ai travaillé avec les enfants, avec les adultes dans les formations c’est sûr que le but c’était leur transmettre quelque chose, ce n’était pas qu’ils fassent quelque chose. Alors après on s’aperçoit qu’il y avait énormément de choses de faites, on a envie de les utiliser et d’en causer, mais effectivement pour beaucoup c’étaient qu’est-ce qu’on est heureux qu’ils puissent découvrir ça.

Finalement qu’est-ce que les jeunes d’aujourd’hui pourraient apprendre en voyant ces images de Vidéogazette ?

Ah je ne sais pas parce que maintenant la télé, il y a tellement de télé, il y a YouTube et compagnies, je veux dire que les jeunes, ils ont appris quelque part, enfin du moins certains, à s’exprimer et à être impertinent et à montrer des choses qu’on n’aurait jamais montré avant. Je dirais que Vidéogazette avait ça, elle a parlé de luttes syndicales à la télé, quelque chose qui ne se faisait pas, elle a parlé des luttes, des gens dans le cadre de vie et tout ça. Ça ne se faisait pas, maintenant on va dire que c’est un peu… il y a un peu de tout partout. Donc je ne sais pas ça fait partie de l’histoire pour se dire ça existait déjà, ou du moins là on a pu faire ça. Mais je ne sais pas, faudrait aller leur demander.

Et est-ce que vous avez habité dans le quartier ?

Ah oui, bien-sûr, j’y ai habité une quinzaine d’années quand même, c’est un quartier que j’ai appris à connaitre, à bien vivre dedans, à revendiquer d’y vivre d’ailleurs parce que quand je suis venu y habiter je me disais mais comment ça se fait qu’un quartier comme ça existe, aussi agréable, loin du centre-ville, enfin loin du centre-ville ça veut dire tout en étant proche bien-sûr, mais clair, tout le monde a la vue sur les montagnes, il y a un parc, il n’y a pas de voitures en bas, les appartements sont spacieux et on peut y habiter pour pas cher, parce que je logeais en HLM. Et je trouvais ça merveilleux. Jusqu’à ce que je m’en aille.

Le quartier a changé.

Oui ça a changé, ça c’est clair. Mais moi c’est l’impression que j’ai eu quand je suis arrivé dans ce quartier, comment ça se fait qu’on nous laisse, qu’on nous… Et ça rejoint ce que j’ai découvert, c’est Dubedout, c’est le Maire qui est à l’origine de quartier-là quand même, je veux dire les idées, c’est pas lui tout seul bien-sûr, mais enfin il l’a défendu et il a cette parole à la fin d’une émission : nous avons fait venir des pays étrangers et du fin fond de la France des gens pour construire des villes, donc il parlait aussi bien des gens qui avaient traversé la Méditerranée que les Bretons qui étaient arrivés du fin fond de la brousse. On a les fait venir ici, et bien il faut qu’on arrive à les loger correctement, qu’on leur apporte au niveau culturel tout ce dont ils ont besoin, au niveau culturel et éducatif. Nous savons que ça coute cher, mais on le fera. Et c’est exactement ce qui a été fait sur Villeneuve, ou du moins sur cet immense quartier, c’est ça qui s’est passé. Sans cette volonté politique le quartier n’aurait pas été construit, il aurait été construit différemment il aurait eu beaucoup plus de problèmes, beaucoup plus vite comme les autres quartiers en France, comme Mistral, comme les Minguettes, les 4000 enfin bon. Là ici il y a eu des problèmes, mais pas au niveau des… c’est ma théorie, pas au niveau de ce qui s’est passé ailleurs dans beaucoup de quartiers. Parce que bon cette idée de construire un quartier avec des coursives protégées, avec une circulation en dehors des voitures, mais il y avait la Vidéogazette aussi, il y avait tout ce qui est communication, qu’elle soit physique ou intellectuelle, elle était prise en compte. C’est quand même extraordinaire.

Vous étiez technicien audiovisuel dans l’éducation avant d’arriver à la Villeneuve ?

comment dire, j’ai commencé par être marin, j’ai été dans la marine marchande et puis après j’ai fait une formation plus spécifique sur… bon ça a pas duré longtemps parce que je me suis vite ennuyé, et j’ai fait une formation de technicien audiovisuel, enfin je veux dire à l’époque technicien audiovisuel ça recouvrait pas ce qu’on connait maintenant, c’était quelqu’un qui sait réparer une télé, hein attention, enfin qui est à l’aise avec les équipements audiovisuels, mais c’est tout. Et, comment dire, c’était le cas de tous les… c’est peut-être intéressant de le dire, mais comme je n’y étais pas je ne peux pas en parler mais c’était quand même le cas de tous ceux qui travaillent à la télé, ils y avaient les journalistes, mais les journalistes ils étaient formés eux, mais les caméramans, le réalisateur, tout ça ils ont appris sur le tas, mais alors vraiment sur le tas. Les comment ça s’appelle, Honoré Parise, Jean Miguet tout ça, ils ont appris sur le tas. Et moi j’ai appris avec eux, en même temps, et on a commencé à former, quand les formations se sont mis en route, la maitrise des sciences et techniques de la communication, on a formé ces gens-là. Et maintenant c’est impossible, par exemple un poste comme le mien, mais impossible que quelqu’un qui n’a jamais fait d’études en audiovisuel y arrive, c’est impossible, c’est comme ça, ça a évolué. Donc tous ces gens-là ils ont travaillé en marchant quoi, en apprenant avec des erreurs possibles. Il y a des émissions qui commencent, il y a pas de son par exemple, ou bien la caméra arrête pas de bouger ou on passe d’une caméra à l’autre sans que… c’est pas reposant, et ce n’est pas une volonté esthétique, c’est parce qu’ils ne savaient pas. C’était une télé qui fonctionnait sans professionnels quoi, et bon ça donne pas de si mauvais résultats que ça.

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