Entretien avec Bénédicte Jobert

Description

Bénédicte Jobert arrive en 1972 dans le quartier de la Villeneuve. Elle est devenue membre du Conseil d’administration de l’association d’usagers de Vidéogazette. Elle a travaillé ensuite à l’Agence d’urbanisme de la région urbaine de Grenoble (AURG).

Date : 9 décembre 2015
Lieu : Studio Guy Diard à la Maison des Habitants le Patio à Grenoble
Entretien : Gilles Bastin
Enregistrement, montage, transcription : Logan Charlot

Transcription de l’entretien

Comment êtes-vous arrivée dans le quartier de la Villeneuve ?

Nous sommes arrivés en octobre 72 dans ce quartier. On avait acheté un appartement au 100 galerie de l’Arlequin, on était dans les étages supérieures qui étaient des étages un peu privilégiés dans l’Arlequin et on était très enthousiastes à l’idée de faire une expérience nouvelle. On avait deux enfants, petits, 2 ans et 4 ans. Je peux vous dire que c’est encore un énorme chantier. L’école par exemple accueillait dans la maternelle les enfants de 2 ans à 5 ans dans la même classe, c’était encore tout à fait le début, le démarrage. Et notre propre appartement était encore en plein chantier il fallait circuler avec des bottes. L’ascenseur marchait il me semble, on était quand même au quatorzième étage mais c’était encore le chantier quoi, partout. Donc il y avait une espèce d’atmosphère à la fois excitante parce que tous les gens qui venaient dans cet immeuble qui était en accession à la propriété étaient plutôt des gens volontaires parce qu’ils n’étaient pas obligés d’acheter là, et avec l’idée de faire quelque chose de nouveau. Donc il y avait vraiment l’esprit Villeneuve tel qu’on le racontait dans la pub et les petites plaquettes qu’on nous distribuait. Donc ça c’était en octobre, un emménagement c’est toujours dans un quartier de ce type-là c’est déjà un investissement assez fort. Mon mari travaillait déjà à Sciences Po d’ailleurs, et moi j’étais encore étudiante en urba, donc assez libre quand même de nos horaires, de nos manières de vivre. On était assez passionné.

Et vous étiez venus parce que vous aviez connaissance de ce projet un peu politique autour du quartier ?

Oui oui. On était engagé politiquement l’un et l’autre ou plutôt mon mari qui était au Parti Socialiste de l’époque. C’était le Congrès d’Épinay 71. Alors nos familles étaient du centre-ville, des bourgeois bien installés et on a fait le choix de s’expatrier. Pour les Grenoblois du centre, c’était vraiment vous êtes loin, qu’est-ce que vous allez faire là-bas. Mes beaux-parents étaient très ouverts donc il n’y a pas eu de problèmes vis-à-vis d’eux. Ils sont même venus, ma belle-mère marchait très mal, je me souviens d’elle visitant avec presque des échelles pour atteindre notre logement. C’était vraiment un choix et un choix politique, on était quand même assez lié à l’idéologie ambiante Dubedout pour aller vite.

Comment est-ce que vous avez eu connaissance de Vidéogazette et de tout ce qui était lié à la communication dans le quartier ?

Je pense qu’il y avait de l’information qui était donnée parce que c’était quand même la notion d’équipements intégrés, dès qu’on faisait quelque chose, au fond on était ici dans la Maison des habitants qu’on pouvait appeler la Maison de quartier à l’époque, je ne sais plus comment on l’appelait, mais tout était disponible. Donc je pense qu’assez naturellement quand on va à la bibliothèque, parce qu’à l’époque on pouvait, chronologiquement il y a peut-être des erreurs, mais on pouvait déjà déjeuner à la cantine du collège, enfin des choses comme ça. Donc on était naturellement au contact avec l’information et avec la Vidéogazette. Mais le point de départ ça été de l’engagement plus fort, relatif, que j’ai eu moi avec la Vidéogazette, ça été un groupe d’habitants qui avait des problèmes de garde d’enfants qui se sont regroupés. On était assez nombreux du numéro 100 de la galerie de l’Arlequin, on s’est donc regroupé en disant c’est pas possible, il n’y a pas de mode de garde, mais qu’est-ce qu’on va faire. Moi j’avais encore une gardienne qui était à Malherbe, c’est-à-dire que je faisais à pied, je me souviens avec la gamine sur les épaules, je sais pas il y a au moins 2 ou 3 kilomètres le soir en rentrant. On a pris contact avec l’équipe de la vidéo et on a proposé de faire un film sur les problèmes de garde d’enfant et comment on pourrait s’organiser pour le faire. Donc ça été ce petit journal qui nous a mis en contact et on a produit, alors je pense avec les techniciens puisque nous on a du faire le synopsis et puis le déroulement de ce qu’on voulait dire, on a fait ce petit film qui s’appelle Nicolas n’a pas 2 ans. Et qui a servi d’ailleurs, moi j’étais plus concerné parce qu’on a eu une place en crèche, puisqu’il y a eu quand même une crèche qui s’est ouverte plus tard. C’est à partir de ce petit projet qu’il y a une crèche parentale qui s’est constituée. C’était vraiment un outil du militantisme on pourrait dire à l’époque, parce qu’on a pu le projeter, on a pu regrouper des gens autour et le diffuser assez largement.

Vous vous souvenez de ce qu’il y avait dans ce film, comment il était construit ?

Il faudrait le revoir. Non. Je me souviens de l’enfant qui a servi, qui s’appelait vraiment Nicolas. Oui la famille s’appelle Leviel, d’ailleurs ça vaudrait peut-être le coup d’aller les voir, ce Nicolas. Non, sur le contenu même je me souviens pas trop.

Et quel était l’objectif ?

L’objectif était d’alerter sur le problème de la garde et de faire réfléchir sur qu’est-ce qu’on peut développer, même en autogestion puisque c’était le mot à la mode, c’est comme ça qu’il y a eu une crèche parentale, ça devait être dans les premières, c’était pas du tout courant à l’époque. Mais moi je n’en ai pas bénéficié parce que ma fille est allée à l’école à 2 ans et mon fils après, le dernier né, qui est né à la Villeneuve avait une place en crèche communale.

Et vous vous souvenez du tournage, parce que c’était des techniques compliquées, un peu lourdes, il y avait des techniciens. Quels souvenirs vous avez de cet environnement-là ?

J’ai pas grand souvenir il faut le dire. C’est terrible. Je suis même pas sûr qu’on était impliqué dans le tournage pour tout vous dire. Je pense qu’on a été, oui, concerné par l’écriture, par le contenu, mais le tournage même, je n’ai pas grand souvenir. Je pense que ça s’est fait assez vite, c’était quand même pas des films de grand public, donc je pense que c’était un outil qui a du être fabriqué très vite mais j’ai pas grand grand souvenir.

Est-ce que vous-même vous regardiez les programmes de Vidéogazette ?

Oui je pense qu’il y avait un intérêt pour nous au petit journal, puisque moi j’étais en même temps impliqué dans le syndicat du quartier puisqu’on disait pas à la CSF, donc moi j’ai commencé à militer dans ce groupe qui réunissait des gens, on pourrait dire d’origines beaucoup plus populaires que moi. Et là on a été très absorbé dans des actions autour des loyers, autour des impôts locaux et impôts injustes, dont on était très intéressé que ce soit retransmis dans tous les foyers en principe. Donc on était intéressé plutôt par l’impact que nos actions pouvaient avoir à travers la Vidéogazette, plutôt que par la Vidéogazette et la faire vivre. C’était vraiment l’outil pour nous. Je me suis plus intéressée aux journaux, à la formation qui pouvait être donnée sur les activités en cours dans la Villeneuve que quoi que ce soit. Alors il me semble que c’est autour du premier film dont je vous parlais qu’il y a une proposition de formation et on est parti, mon mari et moi et une autre personne, trois ou quatre, faire une formation au fait de filmer à Avignon avec Olivier Hollard qui était un des membres de l’équipe. C’était en plein été, il faisait très chaud, je me demande si je n’étais pas enceinte, enfin moi je me souviens d’un truc assez dur, je tournais de l’œil, donc bon. Je suis pas sûr que j’en ai beaucoup profité puis qu’on l’ait beaucoup exploité après, mais il y avait quand même de la part de l’équipe l’envie que des habitants puissent être autonomes par rapport à ça. Et je pense que le premier film tel qu’il a été tourné, Nicolas n’a pas 2 ans, on était vraiment autonome et on pouvait s’appuyer sur une équipe. Là c’était très clair, sur les films et sur la suite des opérations moi je n’en ai pas été contrariée, mais je pense qu’il y avait beaucoup de peine à faire valoir le point de vue des habitants, c’est devenu beaucoup plus professionnel et il y avait une volonté, en tous les cas de Populus et puis des gens de l’équipe de faire ce qu’ils voulaient, on sentait que c’était leur chose et comme on avait plein de choses à faire nous, dans d’autres domaines, je pense qu’on n’est pas allé vraiment au conflit. Mais je me souviens par exemple, un gars comme Jean-Marie Laurent qui a dû être Président de l’association des habitants, bon c’est quelqu’un qu’on estimait nous à la base, on pourrait dire, très lié à l’équipe et on pestait un peu de voir que bon en fait il était, on pourrait dire, phagocyté, c’est un mot un peu fort, ou il était complètement à l’aise avec l’équipe, ce qui n’était pas forcément notre cas. Parce que Populus n’était pas très, enfin je ne sais pas, il donnait l’impression de considérer que ces gens qui s’agitaient autour de questions locales et quotidiennes, c’était pas très intéressant pour tout dire. Donc on sentait une espèce de gap culturel, je parle de la CSF là plutôt, la CSF a toujours été considérée comme pas très inventive. C’est un peu le point de vue qu’on a souvent sur les syndicats. Ils défendent, ils défendent des choses, mais ça manque de légèreté et l’image que voulait donner Populus, je pense que pour pas mal d’autres gens de la Vidéogazette, c’est un truc de portée nationale, hors là c’était, la CSF défendait les problèmes quotidiens, vraiment.

Il y avait en même temps des émissions, des Agora, sur des problèmes très pratiques des habitants ?

Alors pratique… C’était certainement dans le petit journal. Moi j’avoue que je crois que j’ai rien, personnellement j’avais trop de choses à faire par ailleurs, donc je ne me suis pas investi dans la production des choses qu’on regardait, puis on avait beaucoup de doutes sur le nombre de gens qui regardaient. Il y a eu toujours en arrière fond cette question : à qui ça sert ? Est-ce que ce sont toujours les mêmes, qu’on voit de toute façon en réunion qui vont ouvrir leur télévision pour voir des choses qui sont moyennement faites par rapport à la télévision nationale ? Je parle même pas d’Al Jazeera à l’époque, je pense que ça y était pas, mais la télévision nationale offre des produits impeccables et la vidéo c’est quand même bricolé. Donc je pense qu’on avait les gens les plus responsables ou les plus critiques avec l’impression que c’était quand même quelque chose qui avait de la peine à exister pour le public qu’on visait qui était le public qui n’a pas normalement accès à la culture, qui ne va pas aux réunions, etc. Donc on avait quand même beaucoup de doutes sur le fond. C’est pour ça que moi j’ai été intéressée par la CSF, parce que je trouvais que c’était réel, qu’il fallait parler aux gens, que ce n’était pas forcément par des médias que ça se passerait, c’était plus par le contact. Et l’école avait un peu le même de point du vue, on n’a pas utilisé, enfin moi je n’ai pas le souvenir, mes enfants étaient à l’école du lac qui était une école très engagée et très dans la ligne du couple Millot qui était censé voir comment ça évoluait, oui puis qui a fait des expériences avec Foucambert sur la qualité pédagogique et sur l’apprentissage de la lecture, c’est pas par la Vidéogazette que ces choses-là se sont passées. On faisait des réunions de coursives avec des femmes magrébines, très peu de gens, on faisait quelque chose avec un contact physique, ça avait beaucoup d’importance pour qu’on ait l’impression. Je sais pas si on vise directement le public qu’on voulait voir intégré facilement au quartier.

Les enfants étaient associés ?

Les enfants eux-mêmes ça c’est sûr. Qu’ils aient fait des choses, qu’ils se soient filmés, qu’ils aient monté des petits projets c’est sûr, mais leurs parents ça leur passait par-dessus la tête, donc on pensait qu’il fallait d’autres moyens. Ce qu’on a fait d’intéressant je vous en parlais tout à l’heure. Ce qu’on a fait je trouve d’intéressant, mais c’est un peu pareil à partir du moment où les gens vont pas le regarder, c’était des débats autour des émissions qui étaient faites à la télévision nationale, qui étaient filmées par la Vidéogazette et qui pouvaient être retransmises dans tous les appartements. Ça, théoriquement c’était bien. Je ne sais pas quel impact ça a eu, je ne sais pas s’il y a eu des études pour le dire, mais c’était mettre au niveau puisque le débat était fait pour des gens qu’on essayait de recruter dans toute sorte de publics, de catégories sociales de la Villeneuve, donc ça permettait de mettre des mots sur ce que les gens voient passivement normalement. En ce sens-là je trouve que c’était du bon boulot, on l’a fait un peu. Moi je me souviens d’une émission de Bettelheim, je suis pas sûr que c’était les choses sur l’autisme, je pense que c’était plus Bettelheim et les femmes. En tous les cas on avait réuni des gens autour, ça avait discuté, on avait demandé des explications, tout ça. Donc c’était filmé et puis ça donnait de la matière pour des programmes qu’on avait de la peine à remplir, la grille était difficile à remplir, parce qu’il faut énormément produire, donc il fallait des gens disponibles et l’équipe elle-même était légère, elle était toute petite. Donc il y avait quand même ce soucis de remplir une grille.

Vous participiez à des discussions sur la programmation des émissions ?

Je pense que je l’ai fait un peu au début. Mais de toute façon l’association ça été très bref, il y a dû y avoir deux ans même pas. Donc j’ai un vague souvenir d’avoir fait quelques réflexions collectives sur cette histoire de grille, qu’est-ce qu’on peut mettre dedans, comment on va faire. En plus les règles du jeu n’étaient pas forcément très claires avec la télévision nationale, il y avait toujours un peu de réserves en se disant on va se faire taper sur les doigts. On ne savait pas très bien si on pouvait le faire ou pas. C’est le souvenir que j’en ai. Pour moi les grandes grandes dates c’est pas… Il n’y a pas énormément de choses quand même.

En parlant de la fin de Vidéogazette, est-ce que vous gardez un souvenir de cette période, au printemps 1976 ? Les financements s’arrêtent, tout s’arrête d’un coup.

Je pense qu’on était plus inquiet pour l’ensemble des équipements que spécialement pour la Vidéogazette. C’était l’idée que Vidéogazette n’a pas forcément fait ses preuves pour les raisons que je vous disais, est-ce que vraiment la population se sent concernée, et je pense qu’on n’a pas eu la preuve que ça intéressait vraiment. On était beaucoup plus inquiet pour la qualité de l’école, essentiellement, pour la qualité de l’éducation en général, c’est quand même très dominant dans ces années d’origine. Oui il faut vraiment que les enfants réussissent et que l’école primaire et collège soient de l’excellence et qu’on puisse faire la preuve que nos enfants de familles bourgeoises mélangés avec d’autres enfants, ça marche et ça a un intérêt. Et je peux vous dire que ça en a un puisque moi je connais plusieurs amis de mes enfants qui sont des enfants d’origine magrébine connus à la Villeneuve qui sont à Paris et ils sont bien intégrés, ça a marché pour ces premiers enfants. Tout le monde n’a pas eu ce type de rapport mais il y a encore de vieux copains qui sont des copains de la Villeneuve de tous milieux. Pour vous dire que Vidéogazette avait moins d’importance que ces questions d’éducation générale. Le cadre de vie, je ne vous en ai pas beaucoup parlé mais il y avait pas mal de gens qui essayaient de le défendre. Il y a eu quand même le début de la construction du quartier d’en face et comme on était habitant là, on était préoccupé par qu’est-ce qui allait se mettre en face. Et puis l’aménagement du parc, il y a eu quand même beaucoup de questions qui étaient à traiter à ce moment-là.

Vous aviez le sentiment que le soutien au projet politique de la Villeneuve a continué après 1976 ?

On a été très douché au moment où Carignon est arrivé, parce que ça a été la rupture en 83. Pour tout le monde, ça a été considéré comme une vraie rupture grave, dangereuse, et nous on est parti en 84, pas pour cette raison mais c’est vrai que ça faisait plus de dix ans qu’on était à la Villeneuve. Moi je serais resté mais mon mari souhaitait changer d’environnement, donc on est allé habiter au centre-ville, ce qui est le cursus assez classique. Il y a toujours eu un mouvement, mais par exemple on a essayé de vendre notre appartement en 84-85, il y avait déjà beaucoup de réticences à venir habiter là et on savait que c’était pratiquement des gens qui connaissaient de l’intérieur. C’est le péché originel de la Villeneuve, depuis le début tout le monde disait on peut pas venir vous voir, vous êtes beaucoup trop loin, c’est compliqué, les coursives, l’aménagement pas adapté, on se perd, ça fait peur. Tous les gens qui n’habitaient pas l’Arlequin avait tous une vision très noire de nos conditions de vie alors qu’on était quand même dans un élan et un plaisir d’y être, il y avait des choses extraordinaires. Et je dois dire qu’aujourd’hui c’est l’époque qui m’a le plus marqué dans ma vie. Je pense que j’ai fait des rencontres, des mélanges de milieux que je n’ai pas l’occasion de faire même au centre-ville. Je ne sais pas non. Mais c’est aussi l’élan d’un quartier neuf, donc c’est un peu les deux.

À l’époque vous vous considériez comme des pionniers ?

Oui il y avait cet esprit un peu conquérant, pionniers oui, on peut dire pionniers. Quand on disait que tout était expérimental, on avait vraiment cette cette impression de faire quelque chose de très nouveau, d’intéressant qui changerait les choses. On était plein d’illusions, enfin plus ou moins selon les gens. Moi j’étais jeune femme, je trouvais ça super.

L’équipe du Vidéogazette partageait ces idées-là, faisait partie de cet esprit pionnier ?

C’est toujours le problème à mon avis des professionnels et d’habitants qui ont… Populus il avait pas de famille, il vivait comme quelqu’un qui était engagé professionnellement, je ne sais pas qu’elle était la part de ses difficultés de vie quotidienne, nous on avait quand même des difficultés de vie, des préoccupations de vie quotidienne disons. Par exemple je pense que Populus était assez loin des préoccupations éducatives. Dans le discours peut-être, il faut créer un intérêt jeune etc. mais je pense que dans le concret il n’était pas vraiment investi. Il y avait déjà ce décalage parce que la Villeneuve était peuplé de familles, il y avait peu de célibataires, enfin je l’appelle célibataire, je ne sais pas comment il vivait. Il n’avait pas cet engagement concret on pourrait dire, idéologiquement je suis sûr qu’il était très bien calé sur les élus, sur certains d’entre nous, sur les intellectuels de la Villeneuve il y a pas de problèmes. Mais je pense qu’il n’avait pas cette charge quotidienne et je pense que ça fait quand même la différence. Olivier Hollard, c’était un peu différent, mais il était jeune, c’était une occasion pour lui de travailler donc je le mets pas du tout au même niveau. On s’est beaucoup pris le bec avec Olivier, il avait un caractère très entier. Populus on sentait qu’il y avait un intellectuel derrière donc c’était plus stimulant on pourrait dire ça comme ça. Et je vous parlais de Jean Leclerc parce que pour moi c’étaient les trois qui comptaient dans l’équipe et Jean Leclerc il avait un petit peu le statut intermédiaire de l’ingénieur technicien qui sait faire et qui en même temps est plus sensible aux préoccupations des gens. Mais moi c’est vrai je l’ai perçu, peut-être que d’autres ne l’ont pas perçu comme ça, mais il avait un côté plus fraternel on pourrait dire. C’est peut-être un peu exagéré, plus intéressé, plus simple, voilà plus simple, moins idéologique peut-être c’est ça.

C’était une période très idéologique, quand on regarde les vidéos de l’époque c’est frappant de voir la maitrise de la parole orale, c’était très construit.

Oui, moi professionnellement moi j’ai refait des des enquêtes dans la Villeneuve, je travaillais à l’agence d’urbanisme, et j’ai été frappé comme c’était très particulier par rapport aux autres quartiers où j’ai fait des enquêtes, fait faire des enquêtes, c’est assez incroyable. Il y a une façon de voir les choses très particulière.

Avec le recul que l’on peut avoir maintenant sur les médias, comment est-ce que vous jugez cette expérience de Vidéogazette ?

Je crois que c’était vraiment un outil intermédiaire par rapport à l’individualisme qu’on constate, enfin même si il y a des raisons, mais je veux dire quand on réunissait des gens ici dans le studio ou quand on avait un projet, on savait qui contacter, avec qui faire quelque chose pour le transmettre. Ça ressemblait plus à un média papier de ce point de vue là où il faut se réunir pour faire quelque chose que ce qu’on nous sort aujourd’hui, enfin pour intégrer des habitants je veux dire. Pas pour le faire tout court, mais il fallait qu’il y ait un groupe et il fallait qu’on ait une idée, il fallait qu’on se rassemble, il fallait qu’on demande, il fallait qu’on cherche le temps pour le faire ensemble, qu’on trouve un technicien pour le faire. Pour moi c’est vraiment un outil très intermédiaire par rapport à ce qu’on voit aujourd’hui où une personne peut faire un truc et le balancer sur le net et puis c’est parti, les gens le voient ou le voient pas, mais ça suffit. Tandis que là il y avait quand même l’idée et le fait d’être à plusieurs pour faire. Et je pense que c’était quand même communautaire, c’était vraiment la télévision communautaire comme esprit. Je le vois plus comme ça.

Une expérience humaine finalement ?

Oui du coup une expérience entre voisins, entre gens qui peuvent se saluer dans la rue. Bon alors le vrai problème à mon avis c’est que ça a regroupé effectivement des militants qui de toute façon se seraient regroupés dans d’autres choses : la maison médicale, parce que je n’en ai pas parlé mais ça prenait aussi pas mal de temps ça. Il y avait d’autres lieux où c’étaient un peu les mêmes qui se sont saisis de la Vidéogazette, c’était quand même très typé comme participants.

Est-ce que vous avez des choses à rajouter ?

Mais on en ressortait toujours avec l’idée, oui c’est une idée que je vous ai pas donnée. On avait quand même l’impression que l’image n’ajoutait pas grand-chose par rapport à la radio et je pense qu’il y avait un débat qu’on aurait dû approfondir. En fait on a sauté une étape parce que peut-être que ça se gère de façon différente je n’en sais rien, je ne suis pas spécialiste des médias, mais c’est vrai que la radio c’est plus léger ça demande moins de temps. Et on a carrément sauté cette étape-là, et peut-être que c’était des questions qu’on se posait et je me demande même si en Angleterre on a vu des télévisions communautaires ou des radios communautaires. Je pense que c’était plutôt des radios communautaires, mais je ne suis pas absolument sûr, il faudrait vérifier. Parce que c’était pas tellement diffusé Vidéogazette. Alors il y avait Sherbrooke comme exemple extraordinaire au Québec. Et en Angleterre Leullier était avec nous alors il doit savoir, il a peut-être plus de mémoire que moi, je pense qu’il était plus intéressé de près que moi. Il y avait cette question de la radio en fait derrière.

C’était la période des radios libres qui commence, donc c’était plus facile.

Oui c’est vrai. C’est vrai qu’avoir une mire, écouter de la radio sur une télévision c’est quand même infaisable. Bon maintenant ça parait antédiluvien, mais c’était quand même bizarre. Je n’ai pas vraiment de souvenir, mais peut-être qu’on écoutait avec autant de plaisir la radio que la télé qui était mauvaise, enfin qui était pas très bonne. Une fois qu’on a vu les gens autrefois… Puis ça manquait de sujets de toute façon, vraiment d’intérêt fort.

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